Le canton de Fribourg explose. Dopée par un flux migratoire très favorable, ainsi que par un taux de natalité élevé en regard du reste du pays, sa population devrait augmenter d'au moins 20% d'ici à 2030 (LT du 27.04.2007). Au nombre de 257000 aujourd'hui, les Fribourgeois seront 300000 en 2025, et peut-être même 378000 en 2050, selon le scénario le plus optimiste.

Un canton bétonné?

Pour les autorités politiques, ce boom démographique représente un formidable défi: développer les infrastructures en conséquence, mais en harmonie avec la nature. Ce qui n'a pas vraiment été le cas jusqu'à présent. Dès les années 80, les campagnes du canton ont été prises d'assaut par les bétonneuses. «Nous devons absolument freiner ce mitage du paysage, malheureusement déjà entamé. L'étalement des constructions fribourgeoises est un reproche que l'on entend de plus en plus fréquemment», souligne Hubert Dafflon, le nouvel aménagiste cantonal.

Selon lui, la réponse à ce problème passe par une densification de l'habitat au sein des agglomérations du canton. A ce titre, l'aménagement du territoire autour de la capitale constitue une préoccupation majeure. Chaotique - habitat, industries et aires de loisirs se côtoient dans un invraisemblable palimpseste - jusqu'à présent, cette tâche deviendra un champ de compétence de l'«agglo» politique, qui sera soumise à votation l'an prochain.

«Au cours de ces dernières décennies, la ville de Fribourg a perdu de son poids démographique par rapport au reste du canton. Nous devons impérativement inverser la tendance, pour renforcer notre centre cantonal», relève le conseiller d'Etat Pascal Corminboeuf. L'Office fédéral du développement territorial (ARE) a émis le vœu suivant: sur les 50000 personnes qui s'établiront dans le canton d'ici 20 ans, 15000 d'entre elles devront habiter le Grand Fribourg. «Cela nous oblige à devenir davantage directifs», lâche Pascal Corminboeuf.

En corollaire à cette densification des centres (Fribourg, Bulle, et dans une moindre mesure, les différents chefs-lieux de district), le canton doit améliorer son offre en matière de transports. Le gouvernement en est conscient. Le plan directeur de l'agglomération fribourgeoise, qui sera présenté le 4 juin, contient un chiffre impressionnant. D'ici à 2020, ce sont 400 millions de francs qui devront être investis dans ce domaine.

Le pont de la Poya (130 millions) se taille certes la part du lion, mais cette infrastructure n'est de loin pas suffisante pour fluidifier le trafic dans l'ensemble du Grand Fribourg. «Pour décrocher de nouvelles subventions fédérales, il s'agira de mettre en place un vrai projet de transports publics, qui intègre la mobilité douce», note Hubert Dafflon. Un RER à la fribourgeoise? «Peut-être pas au sens strict du terme, mais nous développons un concept dans ce sens», répond-il.

Population pendulaire

Beat Vonlanthen, le ministre de l'Economie et de l'emploi, soulève une autre préoccupation du gouvernement fribourgeois. Réjoui par cette démographie galopante, il constate qu'elle est nourrie par la proximité de Berne et de l'Arc lémanique. Selon les estimations du Service cantonal de statistiques, un cinquième de la population active fribourgeoise est constitué de pendulaires, qui travaillent dans un autre canton.

Or Fribourg ne veut pas d'un destin de «zone de repos», imaginé par exemple par Avenir Suisse. Il s'agit donc de créer des emplois pour accompagner la croissance démographique. Des emplois à haute valeur ajoutée, qui manquent encore cruellement dans le canton. D'où cette idée désormais largement répandue dans les hautes sphères de l'Etat: développer une politique foncière proactive, notamment par l'acquisition de terrains. Une révolution copernicienne des mentalités, qui permettrait au canton de mieux gérer l'offre des surfaces industrielles potentielles, plutôt que de les voir être envahies par des centres commerciaux.

Plus prosaïquement, Fribourg devra également répondre aux nouveaux besoins scolaires, tant au primaire qu'aux secondaires I et II. L'effectif va gonfler grosso modo de 20%. Conséquences: «Nous devrons construire de nouvelles infrastructures et continuer d'engager du personnel enseignant», note Michel Perriard, secrétaire général de la Direction de l'instruction publique. Le Conseil d'Etat s'est du reste déjà penché sur la question, dans le cadre du plan financier de la législature.

Les autorités fribourgeoises semblent avoir pris la mesure de cette évolution démographique. Reste à y apporter une réponse sur le terrain. A ce titre, la perspective d'une réforme territoriale - réduction du nombre de communes et de districts - devient urgente. Sans quoi la concrétisation des plans d'action - notamment dans le domaine de l'aménagement du territoire - pourrait rester lettre morte.

Ainsi, pour Fribourg, les prochaines années seront celles des choix fondamentaux. Mais comme le dit Beat Vonlanthen: «Il est plus agréable de devoir gérer une explosion qu'une régression démographique.»