Les députés fribourgeois ont eu la mauvaise surprise, mercredi matin, de devoir écarter de grandes tentures de plastique noir pour regagner leur place dans l'Hôtel cantonal, dont la façade était, elle aussi, drapée de noir. Les syndicats avaient choisi cette manière spectaculaire de faire comprendre aux élus qu'ils n'étaient pas prêts à faire le deuil de longues négociations qui ont abouti, en janvier 1999, à une fermeture des magasins avancée à 16 heures le samedi pour compenser l'octroi d'une journée hebdomadaire d'achat nocturne jusqu'à 21 heures.

L'heure de fermeture des magasins est un sujet très sensible en terre fribourgeoise, après le net refus (78%), en votation populaire en juin 1996, d'un régime libéral autorisant l'ouverture quotidienne jusqu'à 20 heures et hebdomadaire à 21 h 30.

La grande partie des députés ne sont pas restés insensibles aux arguments des syndicalistes, malgré la sévère mise en garde du démocrate-chrétien, président du Grand Conseil, et syndic de Fribourg Dominique de Buman contre les méthodes de persuasion utilisées. «L'ordre doit régner dans la salle, mais aussi à l'extérieur. Nous ne tolérerons plus de manifestations trop proches du bâtiment du Grand Conseil», tonne le premier citoyen du canton, légèrement conspué par une partie de ses pairs.

Après une discussion nourrie, la motion du Parti radical, qui entendait obliger le gouvernement à repousser à 17 heures la fermeture des magasins le samedi, a été fermement rejetée par 83 voix contre 30. Une majorité du parti démocrate-chrétien, alliée pour l'occasion à la gauche, a fait pencher la balance en faveur du statu quo. Les arguments du député PDC Damien Piller, qui a plaidé les intérêts de la coopérative Migros qu'il préside sur sol fribourgeois et neuchâtelois, n'ont pas été suivis. «La clientèle a de la peine à s'habituer aux nocturnes et n'est pas satisfaite d'une fermeture à 16 heures le samedi», explique-t-il. Des élus radicaux ont déploré les millions de chiffre d'affaires perdus à Fribourg alors que les heures de fermeture ont été fixées à 18 heures le samedi à Genève, ou même à 23 heures durant la semaine à Zurich.

La qualité de vie des vendeuses fribourgeoises, payées au-dessous de la moyenne suisse, et surtout le désir de ne pas compromettre la paix sociale par la remise en question d'un accord syndical durement négocié, l'ont finalement emporté face aux arguments commerciaux.