Le canton de Fribourg risque de bientôt puiser dans sa fortune pour survivre. Le gouvernement a annoncé ce vendredi matin qu’il prévoit un déficit de 100 millions de francs en 2013, puis en moyenne 600 millions par an de 2014 à 2016. C’est près de 20% du budget annuel de l’Etat. De 2013 à 2016, le total des pertes avoisine 1,9 milliard de francs.

«Nous n’avons aucune volonté d’augmenter les impôts. Il s’agit de limiter les charges», explique Georges Godel, président démocrate-chrétien du Conseil d’Etat, à la tête des Finances. Le gouvernement présentera un programme d’économies au début 2013. Ses sept directions proposeront des mesures durant l’été qui vient.

Pause dans les nouvelles prestations?

Conséquence, l’Etat prévoit un moratoire sur les baisses fiscales et les nouvelles prestations demandées par le parlement. Quelques pistes se dessinent: le canton pourrait moins engager que les 1000 postes prévus d’ici à 2016, les fonctionnaires ne verront peut-être pas leurs salaires augmenter comme ils le désirent, les subventions diminueraient et les communes devront peut-être mettre la main au porte-monnaie. Des discussions sont prévues dans les mois qui viennent.

«Nous n’atteindrons jamais les résultats de 2011, avec un excédent de revenus de 144,9 millions de francs avant les opérations de clôture», souligne Daniel Berset, le trésorier du canton. Alors que les revenus de l’Etat devraient augmenter de 0,5%, ses charges grimperaient de 5,5%.

Salaires plus bas que chez les voisins

Selon Georges Godel, une des explications réside dans le développement démographique du canton. Avec des prix du terrain inférieurs que chez les voisins et que la moyenne cantonale, Fribourg attire des revenus plus bas que la moyenne cantonale.

Les rentrées fiscales sont dès lors moins intéressantes qu’espéré, alors que la demande en prestations étatiques augmente constamment. Travaillant souvent loin de Fribourg, ces nouveaux citoyens profitent de déductions fiscales qui diminuent les rentrées.

Faut-il comprendre «les pauvres, ne venez pas chez nous»? Non, répond Georges Godel. «L’évolution démographique est une chance et un défi. Cela entraîne de forts investissements. Attention, il ne faut pas tout laisser venir.»

Fortune en péril?

A cela s’ajoutent la baisse de 17 millions des sommes touchées grâce à la péréquation intercantonale et celle des sommes provenant des bénéfices de la BNS.

«Si nous continuons comme ça, notre fortune aura fondu avant la fin de la législature», poursuit le conseiller d’Etat. Cette fortune se monte à environ 885 millions de francs. Deux tiers sont déjà affectés à divers projets.