«Comme parlementaire fédéral, j'avais combattu la nouvelle loi sur les étrangers, car j'estimais qu'elle était discriminatoire. Mais elle a été acceptée. Il faut donc maintenant envisager ce qu'on peut en retirer de positif.»

Erwin Jutzet a un léger sourire sur les lèvres. Depuis ce dimanche de septembre 2006, qui a vu le peuple suisse accepter à 68% un texte de loi réglementant de façon stricte l'accès au marché du travail helvétique pour les ressortissants des pays non européens, le socialiste a troqué son habit de conseiller national contre celui de conseiller d'Etat. Comme directeur de la Sécurité et de la justice du canton de Fribourg, il présente aujourd'hui un schéma directeur pour l'intégration des migrants qui reposent sur deux axes forts: apprentissage des langues et orientation claire vers le monde professionnel. Soit les deux thématiques de base prônées par la législation fédérale - et à ce titre susceptibles de recevoir une aide financière de Berne. Le projet est mis en consultation jusqu'à la fin du mois d'août.

Cheville ouvrière de ce schéma directeur, Bernard Têtard, le délégué cantonal à l'intégration des migrants, pose les conditions de base. En Suisse, trois cantons romands (VD, GE, NE) se sont dotés d'une loi sur l'intégration des migrants. Outre-Sarine, on a plutôt favorisé la solution du «Leitbild» (modèle), plus pragmatique. Fribourg a opté pour cette dernière solution, avec l'intention de rédiger une loi une fois que les grands principes d'action auront été définis.

Rôle des communes

«En matière d'intégration, les communes ont un rôle prépondérant à jouer. A l'instar de ce qui existe en Valais, par exemple à Monthey, je souhaite que les communes fribourgeoises nomment un délégué à l'intégration. L'idéal, ce serait que chacune d'entre elles en ait un. Elles ont bien un responsable des pompiers ou du cimetière. L'intégration est quand même un domaine autrement plus important», note Bernard Têtard.

Au travers de ses communes, mais aussi d'autres acteurs locaux tels que les associations de quartier, les sociétés villageoises ou sportives et les entreprises, l'Etat de Fribourg entend renforcer la compréhension réciproque entre Suisses et étrangers en favorisant la rencontre, la collaboration et la participation des migrants à la vie culturelle, sociale et économique du canton. Selon la feuille de route gouvernementale, un accent particulier sera mis sur la formation scolaire et professionnelle des jeunes, ainsi que sur leur insertion dans le monde du travail.

Défi de la prévention

De cette manière, Fribourg espère également réduire les problèmes de délinquance juvénile. Le canton, on s'en souvient, a été marqué par une série de faits divers mettant tristement en scène des mineurs étrangers. Les viols collectifs de Schmitten, en particulier, ont frappé les esprits. «Le défi de la prévention reste entier. Mais en créant un vrai tissu social pour ces jeunes, par exemple avec des centres d'animation - qui sont abondamment fréquentés par les migrants - on arrivera certainement à des résultats. C'est en tout cas une piste à explorer», analyse Bernard Têtard. Qui rappelle que les délits ne sont le fait que d'une faible minorité.

Concrètement, le projet du Conseil d'Etat fribourgeois prévoit une batterie de mesures pour «apprendre à mieux vivre ensemble». Par exemple, les communes sont incitées à organiser des séances d'accueil et d'information à l'intention de tout nouvel arrivant, suisse ou étranger. Celui-ci devra aussi être orienté sur ses droits civiques. «Les communes pourraient même créer une commission d'intégration, telle qu'il en existe à Villars-sur-Glâne ou à Wünnewil-Flamatt», indique Bernard Têtard.

Le plan d'action cantonal évoque encore d'autres pistes, comme mettre à la disposition des migrants une brochure plurilingue présentant les droits fondamentaux de la personne humaine et les principes de l'ordre juridique suisse ou encourager la création de lieux et l'organisation d'événements favorisant les rencontres interculturelles. «Ce sont des propositions. Nous attendons le résultat de la consultation pour les intégrer dans le texte définitif du schéma directeur», précise Bernard Têtard.

Le canton de Fribourg recense actuellement 41000 étrangers, soit 16% de sa population (Suisse: 21%). En 2006, leur nombre a gonflé de 5,5%, le taux le plus grand du pays. Les 85% d'entre eux proviennent de l'Union européenne. Pour assurer leur intégration, Bernard Têtard dispose d'un budget annuel de 130 000 francs. Un montant en augmentation, assure-t-il.