L'affaire tragique de l'OTS a marqué de plein fouet le canton de Fribourg. Pourtant, le Conseil d'Etat a décidé de ne pas participer au Centre romand d'information sur les croyances, initié par le canton de Genève. La décision prise il y a plus d'un mois jette le malaise sur la collaboration intercantonale en la matière.

Le conseiller d'Etat fribourgeois Pascal Corminboeuf justifie cette attitude «par la nécessité d'une approche supra-régionale des sectes. Sur les 180 à 200 mouvements recensés, leurs ramifications dépassent la Suisse romande. Sachant que les travaux à l'échelon de la Confédération sont avancés, nous estimons qu'il serait judicieux d'appréhender le problème au niveau suisse et non pas seulement romand.»

Canton bilingue, Fribourg n'a pas l'intention d'œuvrer dans une fondation qui laisserait de côté une partie de sa population. Bien plus, le Conseil d'Etat n'a pas été convaincu par le catalogage des mouvements religieux: «Lorsque l'on voit que les Témoins de Jéhovah ou alors l'Armée du Salut sont considérés comme dangereux, ça peut prêter à sourire.»

Dès la création de la Commission intercantonale sur les dérives sectaires en 1997, Fribourg s'était démarqué en proposant le rattachement du futur centre d'information à une chaire universitaire. En désaccord sur la forme, Fribourg ne veut pas d'un cavalier seul de la Suisse romande. Mais alors de qui viendra l'initiative de la création d'une commission nationale en la matière?

Pas de la Confédération en tous les cas. La commission de gestion du Conseil national a d'ores et déjà affirmé qu'en matière de croyances, la compétence relevait des cantons. Les affirmations fribourgeoises sont donc paradoxales: d'un côté, l'action locale est refusée pour exiger une vision globale, de l'autre, la compétence cantonale en la matière est «oubliée». Un moyen de repousser le problème?

L'initiative genevoise semble à l'heure actuelle la plus à même de réaliser une coordination sur le sujet. On voit en effet mal comment une structure confédérale pourrait rapidement voir le jour.

Me François Bellanger, président genevois de la commission intercantonale, juge «la décision fribourgeoise regrettable. Mais celle-ci ne saurait perturber l'ouverture du centre au début 2001.» La fondation doit permettre l'accès au public d'une information précise sur les mouvements religieux: «Si l'information donnée sera vulgarisée pour un accès au public le plus large possible, les protocoles seront basés sur des études universitaires. L'avenir de la fondation n'est d'ailleurs pas limité aux seuls cantons romands. Si d'aventure une structure nationale se met en place, nous pourrons l'intégrer. Mais il faut bien que quelqu'un commence.» Un élément de plus qui souligne bien l'ambiguïté de la position fribourgeoise.