«J'étais persuadé que la croissance démographique constatée depuis une vingtaine d'années allait s'atténuer.» Président du Conseil d'Etat fribourgeois et patron de l'Economie, Michel Pittet sourit de son pessimisme, en constatant que son canton pourrait flirter avec les 300 000 habitants en 2040, l'OFS lui promettant une hausse de 22%.

«Nous présentons plusieurs atouts: notre population est jeune, la natalité est importante. Nous profitons aussi de l'immigration. Pas tant étrangère, mais confédérale. En comparaison romande, notre offre en logements est intéressante et le terrain a un prix abordable.» L'argument principal de Fribourg, Michel Pittet n'en est pas peu fier, c'est, dit-il, sa stratégie économique. «Nous avons construit une économie solide et diversifiée. Nous nous appliquons désormais à privilégier les emplois à forte valeur ajoutée. Car l'accroissement de la population, si bénéfique soit-il pour l'image dynamique de Fribourg, pose des problèmes liés aux ressources et aux revenus. Fort heureusement, ces dernières années, le revenu par habitant progresse, plus rapidement que la moyenne suisse.»

Heureux de figurer en tête de classement, le président fribourgeois évite l'euphorie, sachant qu'«il faut assumer les investissements liés à la croissance démographique». Michel Pittet estime qu'en approchant des 300 000 habitants, Fribourg «atteindra la limite, car il faut aussi tenir compte des impacts sur l'environnement».

La satisfaction de Michel Pittet tranche avec le scepticisme du conseiller d'Etat genevois Laurent Moutinot face aux «pronostics de l'OFS, qui s'apparentent à de la futurologie», ironise le ministre. «C'est déjà difficile d'effectuer des planifications à 10 ou 15 ans, que penser d'une perspective de 40 ans!» Et d'affirmer que, «plus que les tendances liées à la natalité, l'évolution de la population à Genève est fonction de son attractivité économique. Qui, elle, dépend de la conjoncture mondiale sur laquelle nous n'avons pas prise.»

S'il doute de la progression chiffrée par l'OFS à 15,9%, Laurent Moutinot ne sera pas pris au dépourvu par le boom démographique annoncé. «Nous sommes parés pour une progression encore plus importante, dit-il. Notre plan directeur prévoit la construction de 32 000 logements à l'horizon 2016. Mieux vaut planifier largement.»

Comme tous les cantons, Genève sera confronté à l'accroissement de la population âgée. «La construction d'EMS constitue un poste important de nos investissements. Mais nous sommes là aussi prêts à faire face», assure Laurent Moutinot.