La guerre ouverte entre la Loterie romande et les marchands de machines à sous est à son paroxysme. La révision de la loi sur les appareils de jeu et les salons de jeu pourrait entraîner une nouvelle libéralisation du marché. La commission parlementaire du Grand Conseil fribourgeois veut permettre aux exploitants privés d'augmenter leurs recettes. Alors qu'actuellement les établissements publics peuvent installer deux machines à sous, qui permettent des gains de 50 francs, la commission propose d'offrir aux joueurs des gains illimités et d'installer dix machines à sous par salon. Le Conseil d'Etat veut quant à lui maintenir le statu quo actuel, tout en accordant l'installation de trois machines supplémentaires.

Ce projet a provoqué l'ire de la Loterie romande cantonale et de l'ensemble du réseau socioculturel, qui bénéficie des aides de l'institution. L'année dernière, la LoRo a en effet distribué à 360 associations environ 14,5 millions de francs. Une libéralisation accrue dans le domaine du jeu pourrait mettre en péril la survie de plusieurs projets en faveur de la culture, du social et de la jeunesse.

Contrairement à ses voisins romands, Fribourg a mis en place une politique plutôt libérale. Les exploitants privés – Escor et Proms – disposent en effet de 1200 machines dans les troquets du canton. En comparaison intercantonale, la LoRo subit donc déjà la concurrence des bandits manchots privés.

Clé de répartition à revoir?

Si à Neuchâtel le revenu brut des jeux de la LoRo atteignait les 203 francs par habitants en 2003, il n'était que de 77 francs à Fribourg. Cette situation permet au canton de bénéficier d'une solide solidarité intercantonale. Les bénéfices de la LoRo sont en effet redistribués selon une clé de répartition qui prend en compte le revenu des jeux pour 50% et le nombre de la population pour les 50% restants. Bénéficiaire de la répartition intercantonale, la LoRo fribourgeoise ne veut donc pas d'une nouvelle extension de l'exception dont elle jouit. Les autres cantons pourraient en effet demander une révision de la clé de répartition.

Pour le lobby fribourgeois des machines à sous, les enjeux sont ailleurs. Schaffhouse a déjà autorisé des mises illimitées. Dix autres cantons permettent aujourd'hui l'installation de dix machines à sous par établissement. Escor et Proms veulent donc bénéficier des mêmes conditions-cadres que leurs concurrents alémaniques.