Hitchcock est passé par Fribourg ce dimanche. Le suspense a été total tout au long de l’après-midi dans ce second tour des élections aux Etats, la faute à une panne informatique qui a provoqué un cafouillage inouï et a bloqué le comptage des suffrages durant plusieurs heures. S'il a été rapidement certain que le socialiste Christian Levrat terminerait en tête et conserverait son siège, l’incertitude a été totale entre ses deux autres adversaires, le PDC Beat Vonlanthen et la PLR Johanna Gapany. A la surprise générale, cette dernière l'emporte au bout d'un suspense haletant, sur le coup de 21h15, avec seulement 158 petites voix d'avance.

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La messe semblait dite

Pourtant, à 13h, tout semblait déjà joué. Le PLR s’apprêtait à accueillir triomphalement Johanna Gapany en son stamm du Café du Midi. La jeune femme de 31 ans avait toutes les chances de devenir la première sénatrice de l’histoire du canton de Fribourg. Selon les chiffres fournis sur le site internet du canton, la Gruérienne devance alors Beat Vonlanthen de plus de 1000 voix. S’il reste encore une poignée de communes à livrer leur verdict, la messe semble dite. La fête promet d’être belle à Bulle, le fief de Johanna Gapany.

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Mais voilà qu’après une longue attente, à 13h55, la Chancellerie d’Etat de Fribourg annonce sur Twitter qu’un «souci technique empêche pour l’instant la livraison des résultats». Durant plusieurs heures, rien ne bougera. Entre rumeurs et conjectures, la tension et l’irritation vont monter. D’après un savant comptage réalisé par des journalistes de La Liberté, l’avance de Johanna Gapany ne serait que d’à peine plus de 100 suffrages. Trois fois rien… Tout est relancé. Il faudra donc attendre les toutes dernières communes. Mais sans certitude d’avoir les résultats définitifs le soir même, surtout que PLR et PDC commencent à évoquer ouvertement un possible recours en cas de défaite.

Trois communes en attente

Mais même si la situation semble se débloquer à 16h15, les candidats ne sont pas au bout de leurs peines. Dans trois communes, le dépouillement est en attente. Johanna Gapany n’a alors que 190 voix d’avance. Vers 18h, la Chancellerie annonce que les résultats ne seront pas annoncés avant 21h. Il est en effet procédé à un comptage manuel pour les trois communes en question, soit Morat, Villars-sur-Glâne et Bösingen. Dans les deux dernières, Beat Vonlanthen était arrivé en tête au premier tour. Tout peut arriver. La tension est à son comble…

Personne n’aurait pu imaginer un tel mano a mano il y a encore quelques semaines, tant le duo sortant Levrat-Vonlanthen paraissait intouchable. Selon tous les pronostics, les deux poids lourds de la politique fribourgeoise, l’un préside le Parti socialiste suisse, l’autre affiche douze ans de Conseil d’Etat à son compteur, allait être réélu sans coup férir. Nul doute que les électrices et électeurs allaient reconduire cette «formule magique à la fribourgeoise», qui voit le tandem PS-PDC occuper les deux sièges de la Chambre haute.

Vent de changement

C’était compter sans le vent de changement qui a soufflé le dimanche 20 octobre, réservant une première grande surprise à Fribourg: l’élection au Conseil national du Vert Gerhard Andrey – il n’avait jamais eu jusqu’ici de mandat politique –, au détriment de l’UDC Jean-François Rime, incontournable patron de l’USAM. Au premier tour des Etats, la campagne volontariste de Johanna Gapany la propulse à la 3e place à seulement 3700 voix de Beat Vonlanthen, qui paie lui une absence de visibilité et ses trop nombreux mandats dans des conseils d'administration. Parti longtemps hégémonique sur cette terre catholique, le PDC n’a jamais été aussi près de perdre le siège qu’il occupe au Conseil des Etats depuis 1858.

Cette journée du dimanche 10 novembre 2019 va être doublement historique pour le canton, avec une première sénatrice et la disparition du PDC fribourgeois de la Chambre haute. Mais la panne informatique et le chaos qui s'en est suivi a gâché la fête et insinué le doute quant aux résultats finaux de l’élection. Compte tenu de la gabegie, le PDC a d'ores et déjà demandé un recomptage des voix.