Pressé de sauver les Chemins de fer fribourgeois (GFM) de la faillite grâce à un apport d'argent frais de 20 à 30 millions à soumettre au Grand Conseil avant la fin de l'année, le gouvernement fribourgeois devra aussi se pencher sur le volet judiciaire, civil ou pénal, de l'affaire de la débâcle des GFM. Une enquête judiciaire va être ouverte.

Le dossier est délicat et embarrassant pour le gouvernement. Délicat car il n'est pas facile, à l'heure des restrictions budgétaires touchant toutes les prestations de l'Etat, de faire avaler une dépense de cette importance due principalement à des erreurs de gestion. Embarrassant aussi puisque le président du conseil d'administration des GFM n'est autre que le conseiller d'Etat PDC Michel Pittet. Si l'un des investissements trop importants reprochés à la compagnie – la gare de Bulle pour près de 40 millions – a été effectué avant sa présidence, l'autre, les halles de Givisiez achetées 25 millions pour un usage mal défini, aujourd'hui invendables, s'est par contre réalisé sous sa responsabilité directe. Depuis dix mois, le gouvernement réserve sa position sur un éventuel dépôt de plainte en responsabilité civile. La Confédération, bailleur de fonds des GFM, estime qu'il y a matière à le faire mais y a renoncé car la procédure s'avère «longue, coûteuse et peu prometteuse». L'aspect pénal du dossier, examiné par le juge d'instruction Jacques Rayroud, a incité le magistrat, selon La Liberté, à ouvrir une enquête.

Lorsqu'en 1994 l'Office fédéral des transports décidait d'examiner de plus près la gestion des GFM en vue d'un banal soutien à l'entreprise, il ne s'attendait pas à déclencher une tempête politique à Fribourg. Les enquêtes financières ont révélé des erreurs de gestion qui ont occasionné des dommages pour quelque 40 millions de francs, dont une trentaine liés à la seule activité de transports sur un réseau comprenant une centaine de kilomètres de voies ferrées, et 62 lignes d'autobus. Participation fédérale déduite, la part de recapitalisation à charge des contribuables fribourgeois dépassera 15 millions. «Les GFM roulent toujours mais ils nous ont aussi roulés», déclarait en novembre 1997 le député socialiste Francis Moret, en s'attaquant à une entreprise semi-publique qui était devenue un bastion démocrate-chrétien sous les vingt ans de règne de son ancien directeur André Genoud, 62 ans. Jusqu'à maintenant, la seule conséquence de l'affaire fut son départ en retraite anticipée, l'an dernier, en compagnie du chef des finances de l'entreprise.