AFribourg comme ailleurs, l'afflux de réfugiés en provenance du Kosovo s'est ralenti en ce mois de juillet. Alors qu'elle a dénombré 246 arrivées en juin (un pic, comme partout en Suisse), la Croix-Rouge fribourgeoise prévoit que l'on enregistrera 170 arrivées environ à la fin de ce mois. De plus, chaque avion qui ramène les réfugiés chez eux compte une demi-douzaine de Kosovars qui ont été hébergés à Fribourg. Depuis novembre dernier, le canton aura accueilli près de 850 requérants d'asile selon les statistiques de la Croix-Rouge, responsable de l'accueil, l'encadrement et l'assistance des réfugiés.

Cette vague exceptionnelle laissera des traces durables à Fribourg, notamment sur la répartition géographique des requérants. Au printemps dernier, les districts les plus accueillants, comme la Sarine, ont manifesté leur volonté de voir d'autres régions prendre le relais, notamment la Veveyse, le district alémanique de la Singine et le district bilingue du Lac. L'appel a été entendu: le 13 avril dernier, le Conseil d'Etat, déplorant que les efforts pour une répartition équitable «n'ont pas suffi et surtout n'ont pas apporté les résultats escomptés», édicte un arrêté musclé: premièrement, les places d'hébergement seront désormais réparties dans les districts en fonction du pourcentage de leur population légale. Deuxièmement, dans un délai de trois ans, chaque district devra comporter sur son territoire, entre autres possibilités d'accueil, au moins un hébergement collectif d'au minimum 50 places. La Croix-Rouge cherche donc depuis lors des solutions d'hébergement en priorité dans la Veveyse et dans les deux districts alémaniques.

Des recherches difficiles

Comment expliquer que les communes alémaniques soient moins accueillantes que les romandes? La Croix-Rouge, le Service social fribourgeois et le préfet de la Singine donnent les mêmes explications. D'abord, la recherche d'appartements ou de locaux d'hébergement dépend directement de la situation économique locale. Comme dans le canton de Vaud (Le Temps du 8 juillet), les services fribourgeois remarquent qu'il est plus difficile de loger des requérants dans les communes riches. «Les appartements vides sont quasiment inexistants dans la Singine. Ils intéressent en particulier les travailleurs bernois», affirme Markus Zosso, préfet du district alémanique. «Nous sommes dépendants du marché immobilier et nous ne sommes pas toujours prioritaires auprès des gérances», explique Maurizio Zappala, responsable du secteur alémanique de la Croix-Rouge fribourgeoise.

Autre explication de taille, la Croix-Rouge n'avait jusqu'à ce printemps pas prospecté dans la partie alémanique du canton. «Depuis la compression de personnel au début de la décennie, notre équipe était devenue presque essentiellement francophone», fait remarquer Theo Stehle, chef de la section fribourgeoise. «La cinquantaine de requérants qui avaient trouvé du travail dans la partie alémanique du canton y étaient parvenus sans nous», ajoute l'un de ses collaborateurs. Les choses viennent de changer: le 1er juillet, une antenne de la Croix-Rouge fribourgeoise a été ouverte à Guin, dans la Singine, tenue par un responsable bilingue. Depuis novembre dernier, Maurizio Zappala démarche les communes alémaniques.

La recherche pour un centre de premier accueil n'a pas encore abouti. Le préfet de la Singine vient de lancer un nouvel appel général aux communes. Si aucune ne se porte volontaire, le canton imposera une solution dans trois ans. L'ouverture de centres provisoires en abri PCi a rencontré un peu plus de succès: Schmitten, Guin et Bösingen ont accepté de loger une soixantaine de requérants. La petite commune de Chevrilles (Giffers) a posé plus de problèmes. Au début du mois, elle refusait soixante requérants. Son syndic a ouvertement déclaré sa méfiance à l'égard des demandeurs d'asile. Après une visite de la conseillère d'Etat Ruth Lüthi, la commune a fini par céder. Mais à des conditions drastiques: les réfugiés ne seront que trente, pour trois mois maximum, de septembre à décembre. Ce seront des familles, mais les enfants ne devront pas être scolarisés. A Plafayon (Plaffeien) où la Croix-Rouge prévoit d'ouvrir un centre de deux cents requérants dans les baraquements militaires cet automne, les autorités avouent avoir été contraintes d'accepter.

L'accueil de la population serait-il plus froid du côté alémanique que du côté romand? Marie Guisolan, adjointe du chef du Service social cantonal, refuse de répondre à la question. Theo Stehle constate sans explication que les démarches sont «un peu plus faciles du côté romand». «C'est vrai, nous ne sommes pas bien acceptés en Singine, dit un autre responsable de la Croix-Rouge. Mais il y a dix ans, j'aurais pu prétendre que les requérants n'étaient pas bien accueillis en Gruyère, puisque l'ouverture du centre d'accueil de Broc avait provoqué un tollé. Aujourd'hui, ça se passe bien. La population doit s'habituer.» Jean-Paul Joseph, responsable du secteur de la Sarine, fait remarquer que les communes alémaniques ont un taux de population étrangère moins élevé que les localités romandes, et qu'elles sont donc moins préparées à accueillir les requérants. Maurizio Zappala, qui sillonne depuis quelques mois la Singine, refuse de généraliser: «C'est trop simple de prétendre que l'accueil est moins bon du côté alémanique: regardez Schmitten qui accepte de renouveler son contrat de location pour un centre de requérants célibataires où les bagarres sont fréquentes. C'est exemplaire.»