Elle se nomme CEP en jargon fédéral. Crainte de l'administration tout entière, et même des conseillers fédéraux depuis qu'elle a envoyé l'ex-conseillère fédérale Elisabeth Kopp devant le Tribunal fédéral, la CEP, abréviation de commission d'enquête parlementaire, instaurée par les députés lorsqu'un scandale majeur secoue la Confédération, n'a pas d'équivalent dans le canton de Fribourg.

Certains élus, dont le socialiste Louis-Marc Perroud, le déplorent après l'éclatement de l'affaire de la police cantonale marquée par l'arrestation du chef de la brigade des stups (LT des 24, 26 et 28 mars) et d'une autre affaire de malversations qui secoue l'Office des faillites.

Fribourg connaît pourtant bien une CEP, mais il s'agit de l'inoffensive commission d'économie publique, composée de 13 membres qui complètent leurs tâches d'examen des projets de lois par une brève visite, deux fois par an, dans les bureaux de l'administration pour opérer quelques pointages comptables.

«Nous sommes nettement sous-équipés pour ces contrôles, explique l'entrepreneur radical Jean-Jacques Glasson, président de la CEP. Nous sommes impuissants face à l'esprit de corps des fonctionnaires qui font souvent preuve d'une forte solidarité pour empêcher tout changement ou toute investigation approfondie.» Le Gruyérien rêve de l'appui de véritables professionnels des contrôles administratifs. «De grosses pointures qui proviendraient de fiduciaires spécialisées dans ces tâches» précise-t-il. L'ironie veut que l'un des derniers contrôles de la CEP, réalisé en décembre dernier, visait...la police cantonale.

Louis-Marc Perroud, membre de la commission de justice, est déjà intervenu à plusieurs reprises, en vain, pour obtenir un renforcement du contrôle parlementaire sur l'administration. «Les fonctionnaires peuvent en effet facilement refuser de parler aux contrôleurs en invoquant le risque de violation du secret de fonction» explique-t-il. En outre la base légale manque pour créer une commission d'enquête spéciale.

En dépit de la forte réticence du conseiller d'Etat Claude Grandjean, directeur de Justice et Police, face à l'émergence d'un «Etat policier», le débat s'ouvrira au Grand Conseil grâce à la proposition du député radical Maurice Ropraz visant à instaurer une commission permanente de gestion.