Qui, pour représenter le canton de Fribourg au Conseil des Etats? La réponse tombera ce dimanche. Mais la candidature surprise de l’UDC Jean-François Rime au second tour a pris de court le socialiste Christian Levrat et le PDC Beat Vonlanthen, qui ont fait la course en tête le 18 octobre dernier et s’attendaient à être élus après le retrait du PLR Jacques Bourgeois, arrivé troisième.

Ce choc au sommet entre trois politiciens confirmés laissera des traces. Au-delà de l’affiche prestigieuse, lorsque les électeurs fribourgeois auront choisi leurs deux représentants au Conseil des Etats, gageons que les présidents des partis de droite trouveront rapidement le temps pour s’asseoir autour d’une table et régler leurs comptes. Car la «Blitzkrieg» de l’UDC, même si elle vise officiellement le siège du président du Parti socialiste suisse, pourrait aussi pénaliser le candidat PDC. Surtout, elle fait du premier parti de Suisse et de Fribourg aux élections fédérales un partenaire dont il faut se méfier. Au-delà de ce scrutin, c’est ainsi toute l’entente entre les trois partis bourgeois – PLR, UDC et PDC – pour les élections cantonales de 2016 qui pourrait être compromise.

Ambiance pas au beau fixe entre les partis bourgeois

Président du PDC cantonal, André Schönenweid, confirme que l’ambiance n’est pas au beau fixe entre ces trois partis. «Le lundi juste après les élections fédérales, les trois partis de droite se sont rencontrés. A aucun moment l’UDC n’a parlé de provoquer un second tour en lançant Jean-François Rime. Même si chacun est libre de ses actes puisque notre entente ne vaut que pour les élections cantonales de 2016, je n’ai pas caché que je n’étais pas très content», exprime-t-il. Et de fustiger au passage l’étonnante stratégie de l’UDC, qui présente le Singinois Emanuel Waeber au premier tour pour barrer la route à un autre Singinois, le PDC Beat Vonlanthen, puis efface l’ardoise et vise le siège occupé par Christian Levrat au second tour avec la candidature de Jean-François Rime.

André Schönenweid en tire une leçon: en période électorale, il faut se méfier autant des socialistes que de l’UDC. «L’UDC joue en solo et défend uniquement ses intérêts», décrète-t-il. Et de prévenir: «Si Beat Vonlanthen est malgré tout brillamment élu, on parviendra à oublier. Si par contre il est élu de justesse ou pas élu et que Jean-François Rime passe, alors c’est clair que l’alliance pour les élections cantonales de 2016 est totalement remise en question. C’est même le premier sujet dont nous parlerons au soir du 8 novembre».

Le PLR cantonal, qui regarde en spectateur ses alliés bourgeois se chamailler pour ce second tour et ne donne pas de mot d’ordre, n’en pense pas moins. «C’est clair que ce second tour provoqué par l’UDC n’est pas de nature à renforcer l’alliance de droite», déclare Didier Castella, président du PLR fribourgeois. Et d’en vouloir autant au PDC, qui vante le tandem PDC-PS aux Etats, et donc le ticket Vonlanthen-Levrat, qu’à l’UDC.

«L’UDC respecte l’entente»

Mais l’UDC, fort de ses bons résultats, semble indifférente au désarroi qu’elle sème auprès de ses futurs alliés et de l’électorat. Pour elle, «y aller est une contrainte politique», répond Roland Mesot, son président cantonal. Et d’expliquer qu’il s’agissait de la troisième option: «Nous aurions soutenu au second tour un ticket Vonlanthen-Bourgeois, mais le PDC n’en a pas voulu. Ensuite, nous étions prêts à soutenir uniquement le PLR Jacques Bourgeois, mais il a préféré renoncer. Lancer Jean-François Rime était notre troisième option», explique-t-il. Et Roland Mesot est confiant. «Tout le monde peut bien crier maintenant, mais en attendant, l’UDC respecte l’entente que nous avons conclue en 2013 et qui ne concerne que les élections cantonales de 2016», dit-il. Pour rappel, c’est le PDC qui n’a pas voulu étendre l’alliance aux élections fédérales de 2015.

Resté au bord du terrain, le PLR affiche néanmoins un certain optimisme. «En provoquant ce second tour, Jean-François Rime tente un coup en solitaire qui divise son propre camp. Au-delà, les partis cantonaux ont la ferme intention de relancer la machine lorsque cette page sera tournée. J’y crois car il s’agit d’un autre enjeu, avec d’autres personnes», estime Didier Castella. «On va se calmer. L’année prochaine, nous aurons tous besoin les uns des autres», rappelle aussi Roland Mesot, qui compare l’alliance de droite à un vieux couple qui connaît parfois des tensions. Sauf qu’il y a aussi des vieux couples qui divorcent.