D’un côté, des villages de campagne étiquetés «démocrates-chrétiens» et attachés à leur indépendance. De l’autre, une ville de 35 000 habitants, à gauche depuis 2006, endettée, et qui se rêve en centre cantonal fort. C’est dans les grandes lignes le schéma de la région de Fribourg à quatre semaines des élections communales du 20 mars. En glissant leur bulletin dans l’urne, les habitants de la Sarine ont l’occasion de remettre en route le moteur grippé des relations entre Fribourg et ses voisines. Mais de l’avis de beaucoup, les résultats de mars auront de la peine à changer la donne.

Et pourtant: si la droite reprend la majorité qu’elle a perdue en ville en 2006, elle entend mettre en place son programme d’épongement de la dette communale (169 millions de francs en 2010 contre 217 en 2006) et de la caisse de pension. L’image répandue de «Fribourg arrogante et dans les chiffres rouges» s’estomperait.

Syndic de Fribourg, le socialiste Pierre-Alain Clément estime qu’un changement de politique régionale au sein du Conseil communal (exécutif) de Fribourg est toutefois peu probable: «Dans ces dossiers, l’exécutif agit dans un esprit de continuité. Il n’y a pas de différence entre la politique de centre droit jusqu’en 2006 et celle de centre gauche depuis lors.»

«Certaines priorités seraient peut-être revues par la droite, mais il n’est pas dit que Fribourg et l’agglomération garderaient alors leur attrait», abonde Erika Schnyder, syndique socialiste de Villars-sur-Glâne et députée au Grand Conseil.

De quelque bord qu’ils soient, les nouveaux élus des localités voisines de Fribourg se trouveront confrontés au blocage de l’agglomération. Cet étage institutionnel particulier se situe entre les communes et le canton et regroupe dix localités. «L’agglo» – comme beaucoup la surnomment – cristallise les crispations, surtout avec son «Plan directeur de l’agglomération» (PDA). Il doit être soumis à Berne en 2012 et prévoit un développement des transports publics – ce que tout le monde applaudit –, mais aussi une densification des constructions en ville de Fribourg et chez ses voisins très proches.

Les autres ont le sentiment d’être laissés pour compte, ou l’impression que leur développement est entravé. «Il n’y a pas de raison que toutes les communes ne puissent pas se développer», estime Solange Berset, syndique socialiste de Belfaux et députée au Grand Conseil.

Ce qui entraîne des frictions, comme celle que la Sarine a connue en décembre, avec le projet «2c2g». Depuis des années, la région parle de «Fusion 2016» pour marier Fribourg, Villars-sur-Glâne, Marly, Corminbœuf, Givisiez et Granges-Paccot. Mais les trois plus petites communes ont annoncé à la fin 2010 qu’elles y renonçaient et se fiançaient avec un autre village, Chésopelloz (voir infographie).

La fusion est vue comme une nécessité, mais il est trop tôt pour s’allier à la ville-centre. «J’aimerais lancer un message à nos collègues de Fribourg», souligne Jean-Daniel Wicht, vice-syndic de Givisiez et député libéral-radical. «Qu’ils nous envoient un signal positif pour nous montrer leur envie de fusion. Nous ne sommes pas favorables à une annexion.» Ce qu’il aimerait aussi, comme d’autres dans la région: «Qu’un vent nouveau souffle sur «l’agglo». Chacun défend son territoire, sans penser en termes de région. Il faut changer les mentalités.»

Pourtant, dans chaque localité, on retrouve des thèmes similaires: mobilité, dette, fiscalité et qualité de vie. «Pour l’instant, les enjeux régionaux – comme l’agglomération, la piscine intercommunale ou le théâtre Equilibre à Fribourg – rentrent par la petite porte», note le préfet socialiste de la Sarine, Carl-Alex Ridoré. «C’est lié à l’absence d’élections populaires régionales pour désigner les autorités de l’agglomération.»

Face à Fribourg, certaines communes ont l’impression d’être laissées pour compte