«Sans papiers, nous restons»: telle est la réponse faite hier dans le cadre d'une conférence de presse par le collectif de Fribourg au Conseil de paroisse de l'église Saint-Paul. Un ultimatum enjoignait aux sans-papiers de quitter les locaux de l'église hier matin, sous peine de l'application de la demande d'expulsion déposée le 23 juillet dernier auprès du préfet de la Sarine, Nicolas Deiss.

Devant 150 personnes, le collectif a réaffirmé sa détermination à rester dans l'église, «lieu symbolique du commencement de la lutte». La journée d'hier s'annonçait donc comme cruciale. Depuis le 4 juin, 84 sans-papiers occupent les salles de Saint-Paul afin d'obtenir la régularisation collective de leurs cas.

En quittant le centre paroissial pour la nef de l'église, les sans-papiers ont fait le geste qui évite, du moins provisoirement, une expulsion devenue inéluctable. Rappelons que la principale motivation du Conseil de paroisse pour exiger l'évacuation des lieux par la force publique était «l'incompatibilité de l'occupation du centre avec ses activités ordinaires».

Pour Nicolas Deiss, présent lors de la conférence de presse, «le geste du collectif est primordial. Si le Conseil de paroisse ne demande pas une nouvelle requête pour l'évacuation de l'église, je considérerai l'affaire comme liquidée. Sous réserve d'une approbation des instances compétentes concernant la sécurité et l'habitabilité du lieu.» Une position accueillie sous les applaudissements de l'assistance.

La voie semblait donc ouverte a un consensus de dernière minute sur une utilisation harmonieuse des locaux. Pourtant, dans une conférence de presse commune à l'Evêché, Etienne Gruber, président du Conseil de paroisse, et Nicolas Betticher, porte-parole de Mgr Bernard Genoud, ont remis la pression en mettant sur la table une contre-proposition. S'ils acceptent, en définitive, l'occupation de Saint-Paul, ils lui assujettissent de nouvelles conditions, imaginées par Mgr Genoud.

Ils demandent à ce que la présence des sans-papiers soit limitée à cinq personnes seulement, alors qu'une quinzaine de personnes dorment chaque nuit dans le centre et qu'une trentaine le fréquente pendant la journée. Selon le règlement interne du collectif, un sans-papiers doit assurer une présence minimale de 48 h par semaine. Pour Nicolas Betticher, «la question des sans-papiers doit être débattue au niveau national. Notre soutien reste sincère et total. Mgr Genoud interviendra personnellement auprès des évêques suisses pour faire évoluer la prise en considération de cette situation inacceptable. En attendant que des discussions aient lieu au niveau fédéral, nous proposons au Conseil de paroisse, qui a l'autorité pour statuer sur cette question, et aux sans-papiers, que ces derniers maintiennent uniquement une présence symbolique». Etienne Gruber et le Conseil de paroisse ont accepté cette proposition, qui sera valable jusqu'au 17 septembre, date à laquelle les Chambres fédérales ouvriront leur session d'automne. Après cette date, «les sans-papiers pourront quitter Saint-Paul, car ils auront porté le débat au niveau national», explique Nicolas Betticher. En attendant cette nouvelle échéance, Etienne Gruber a demandé au conseiller d'Etat Claude Grandjean d'assurer la sécurité des 84 sans-papiers inscrits au collectif.

Une décision qui tranche avec le soutien inconditionnel et émouvant apporté quelques heures plus tôt par les curés de la paroisse: «Nous continuerons d'offrir l'hospitalité aux sans-papiers, parce qu'une expulsion serait inacceptable. Les locaux libérés, nous sommes prêts à jouer les médiateurs avec le Conseil de paroisse pour une utilisation partagée de l'endroit. Nous nous attendions à plus de générosité.» Une position qui a poussé Etienne Gruber à mettre en garde les deux ecclésiastiques, affirmant la compétence du Conseil de paroisse en la matière, et la nécessité de maintenir l'unité au sein des paroissiens.

Pendant qu'un nouveau round de marchandages allait débuter, le collectif de Saint-Paul déposait à la Chancellerie une pétition de soutien, signée par 12 158 personnes.

A Lausanne, les neuf Kosovars réfugiés dans l'église de Bellevaux attendent toujours la régularisation de leur situation, avant de sortir de l'édifice. La prolongation de l'autorisation de séjour pour sept d'entre eux ne leur suffit pas. (ATS)