Mobilité

Fribourg mène un test de conduite novateur

Les Transports publics fribourgeois viennent de lancer une expérience de conduite plus économe en énergie et plus confortable pour les usagers

Réinventer la mobilité

L’arrivée d’acteurs comme Uber et Tesla incite à repenser la mobilité. Comment combiner les différents modes de transport? Qu’apporte la numérisation? Dans quelles infrastructures investir? Le Forum des 100 organisé par Le Temps le 24 mai prochain porte sur ces questions. Comme la série d’articles publiés en amont de l’événement.

Programme et inscription: www.forumdes100.ch


L’innovation n’est pas un vain mot aux Transports publics fribourgeois (tpf). Sous l’impulsion de leur directeur Vincent Ducrot, l’entreprise multiplie les projets pilotes. Après les navettes autonomes qui complètent la ligne 1 jusqu’au Marly Innovation Center (MIC), voici «Navig». Cet instrument embarqué à bord des bus permettra de mesurer la consommation d’énergie et le confort des voyageurs. Il a pour objectif de soutenir les efforts des chauffeurs pour qu’ils adaptent leur conduite aux exigences de la clientèle et aux efforts d’économie d’énergie souhaités par la direction. «L’économie peut être phénoménale, de l’ordre de 7% sur les 4 millions de litres de diesel que nous consommons chaque année, soit environ 300 000 litres», estime Vincent Ducrot.

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Comme dans toute entreprise de transports publics, le style de conduite varie d’une personne à l’autre. Certains conducteurs roulent plus vite, accélèrent plus rapidement, manœuvrent de manière plus douce ou un peu plus brusque. Mais comment le mesurer? Les tpf ont lancé un concours d’idées, et celui-ci a été remporté par une équipe de la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (hepia) de Genève. Le modèle qui a été élaboré permet de récupérer 5000 paramètres en temps réel. Tous ne sont pas nécessaires pour cette expérience. En fin de compte, treize ont été jugés pertinents. Ils détectent l’accélération en descente, le freinage dans les virages, l’accélération latérale dans les courbes, le freinage, l’anticipation de la phase d’arrêt, le départ, l’arrêt moteur, ainsi que le style de conduite, en particulier le délai entre l’accélérateur et le frein, le pied au plancher, l’utilisation des rapports et du ralentisseur et le pompage de l’accélérateur.

Seul le chauffeur a accès à ses propres données

Le chauffeur reçoit ces relevés techniques sur son tableau de bord, en version très condensée sous la forme d’une barre combinant l’indice de confort et l’indice d’économie d’énergie, et, en version plus détaillée, sur une tablette personnelle. Il peut ainsi savoir comment il a piloté son bus sur l’ensemble d’une période, où des problèmes sont apparus et quelle a été la consommation du véhicule. «Seul le chauffeur a accès à ses propres données et il pourra les comparer avec la moyenne de l’ensemble des chauffeurs avec une indication anonymisée des dix meilleurs comportements. La direction ne reçoit que des statistiques globales», reprend Vincent Ducrot. Il insiste sur un point important et sensible: «Nous voulons donner envie à nos employés d’améliorer leur comportement au volant. Nous avons opté pour la carotte. Le bâton serait inefficace. Nous n’avons aucune arrière-pensée du genre bonus-malus visant à récompenser les meilleurs ou à sanctionner les moins bons», promet-il.

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Pour l’entreprise, le but est, outre l’économie de carburant, l’identification d’endroits sensibles où des problèmes récurrents pourraient survenir et la responsabilisation des chauffeurs. Ce travail se fait avec le soutien d’un bureau de conseil spécialisé dans les sciences des comportements, et les participants sont tous volontaires, souligne le directeur des tpf. Après avoir effectué des simulations, une phase test vient tout juste de commencer. Douze chauffeurs – l’entreprise en compte 200 – participent à l’opération, qui, dans un premier temps se fait sur huit bus diesel. Le programme «Navig» dispose d’un budget de 500 000 francs, dont 200 000 sont financés par la Confédération. Elle est menée sous l’œil attentif de l’ensemble de la branche et en partenariat avec l’Office fédéral des transports (OFT).

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