«Durant les années 90, nous avons dû donner la priorité absolue à la création d'emplois, sans regarder leur valeur ajoutée, constate Michel Pittet, directeur de l'Economie fribourgeoise. Il s'agissait de compenser le plus rapidement possible les lourdes pertes d'emplois intéressants dues aux restructurations dans les secteurs des banques et des assurances.»

Mais la roue tourne. A l'heure du bilan de l'année 2000, les responsables de la promotion économique annoncent la création de 943 emplois amenés par 38 entreprises, dont la moitié dans le secteur tertiaire. C'est un peu plus qu'en 1999, mais surtout près du double de ceux engrangés en 1996 et 1997.

Le principal sujet de satisfaction concerne moins le nombre d'emplois que leur qualité, en nette hausse. Fribourg, qui éprouve toujours de la peine à rivaliser avec Lausanne «considérée comme le centre de la Suisse romande», et l'attrait international de Genève, se forge lentement mais sûrement une réputation d'accueil pour des entreprises de pointe dans les domaines de la biotechnologie (une quinzaine), de la santé, ou de technologies électroniques. A l'exemple de la multinationale basée dans la Silicon Valley, Atmel (7000 emplois), qui a centralisé à Fribourg ses activités informatiques européennes tout en implantant un pôle de recherche et de développement de ses semi-conducteurs nichés dans une multitude d'appareils électroniques.

Le rééquilibrage économique d'un canton encore pénalisé par une surreprésentation des secteurs agricoles et de la construction prend forme. Cette évolution a conduit son nouveau directeur, Thierry Mauron, 43 ans, à réorienter les objectifs de la promotion économique. Fribourg peut désormais se permettre le luxe de choisir les entreprises qui offrent des emplois à forte valeur ajoutée.

«Nous visons les secteurs de la santé, des sciences de la vie, et les entreprises actives dans le domaine des technologies de l'information», souligne le directeur, à la tête d'une petite équipe de dix personnes. Le démarchage aux Etats-Unis sera intensifié pour notamment amener à Fribourg des entreprises de la Nouvelle Economie, à l'image de BancTec qui fournit des instruments pour le commerce sur Internet et des solutions dans le traitement de l'archivage électronique. Au plan européen, de nouveaux pays, principalement les Pays-Bas, la Belgique et la Scandinavie, seront touchés.

Michel Pittet insiste sur la nécessité d'attirer des emplois mieux rémunérés. Fribourg souffre d'un taux d'imposition élevé pour les personnes physiques car le revenu cantonal par habitant demeure inférieur de 15% à la moyenne suisse. Pour atteindre l'objectif de combler la moitié de l'écart en dix ans, Fribourg accentuera ses efforts dans la formation. De nouvelles filières d'études en informatique et en gestion, bilingue ou trilingues, seront prochainement ouvertes. L'ensemble de ces mesures promotionnelles devrait permettre de tenir le cap de la création d'au moins 360 emplois à haute valeur ajoutée par an dans le secteur tertiaire et secondaire de pointe.

«Il faudra quinze ou vingt ans pour rattraper notre retard»

Le coup de pouce à l'implantation d'entreprises, qui peut aller jusqu'à l'exonération fiscale totale durant dix ans, sera proportionné à la qualité des emplois apportés. Le canton, à la faveur de la reprise économique et de la présence d'un petit tissu d'entreprises internationales de pointe, peut désormais commencer à faire la fine bouche. «Il faudra cependant quinze ou vingt ans pour rattraper notre retard», prédit Michel Pittet, en appelant de ses vœux la création rapide du pôle politique et économique de l'agglomération fribourgeoise. Le canton peut compter sur une croissance démographique réjouissante, 13,7% en dix ans, soit l'une des trois plus fortes de Suisse. Pour autant que l'amélioration de la qualité des filières de formation, freinée par les difficultés financières de l'Etat, soit à la hauteur des attentes des entreprises, Fribourg ne connaîtra pas, à moyen terme, de problèmes de main-d'œuvre.