Le Grand conseil fribourgeois fait bloc contre l'UDC et invalide son initiative «Contre l'ouverture d'un centre Islam et société à l'Université de Fribourg: non à une formation étatique d'imams». La décision a été prise ce vendredi, au terme d'un débat qui s'est concentré sur l'aspect juridique de la question.

Forts de l'expertise de deux constitutionnalistes, les Professeurs Pascal Mahon, de l'Université de Neuchâtel et Benjamin Schindler, de l'Université de Saint-Gall, les députés ont suivi la recommandation du Conseil d'Etat et reconnu le caractère discriminatoire de l'initiative de l'UDC, laquelle est donc contraire à l'article 8 de la Constitution fédérale. Le conseiller d'Etat Jean-Pierre Siggen le confirme: dès lors que l'initiative exclut du champ universitaire une religion, en l'occurrence l'islam, elle est contraire à la Constitution fédérale qui stipule que nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de ses convictions religieuses.  

Le PLR, le PDC, le PS et les Verts soutiennent cette position. «Ne rendons pas les citoyens complices d'une violation de la Constitution fédérale», lance Xavier Ganioz (PS). «Notre Parlement doit prendre ses responsabilités et ne pas tomber dans un populisme de mauvais aloi», poursuit Gabriel Bourguet (PDC). «Nous devons travailler pour que notre société reste harmonieuse dans sa diversité», estime pour sa part Antoinette Badoud (PLR). A part le soutien de deux PLR, l'UDC ne peut que s'avouer vaincue... et déplorer un déni de démocratie. Président cantonal, Roland Mesot rejette l'argumentation juridique. «Notre initiative ne parle pas d'interdire une religion. Elle ne s'attaque pas à une religion en tant que telle. Et chaque fois qu'on légifère, quelqu'un est péjoré», déclare-t-il.

Le Centre suisse Islam et société a officiellement débuté ses activités en janvier 2015. En cours de développement, il propose des cours universitaires et de formation continue. Il a déjà occupé le Grand conseil avant son ouverture et suscité une vague d'opposition au sein de la droite qui demandait au Conseil d'Etat de renoncer au projet. Les esprits se sont calmés très rapidement, lorsqu'il a été clair qu'il ne s'agissait pas de former des imams au sein de l'Université de Fribourg mais d'offrir un espace académique de réflexion sur l'islam. Seule à camper sur ses positions, l'UDC a lancé son initiative populaire et récolté rapidement plus de 8000 signatures.

La suite? L'UDC peut faire recours devant le Tribunal fédéral. «Nous analyserons cette éventualité», promet Roland Mesot. «Mais il s'agit d'une procédure coûteuse, qui prend du temps et demande des compétences pour constituer le dossier». De plus, l'affaire semble entendue. Le Tribunal fédéral a en effet rejeté un recours contre l'invalidation par le Grand conseil du canton de Thurgovie d'une initiative «contre les manuels scolaires misogynes, racistes et meurtriers», considérant que la volonté des initiants était d'interdire les manuels d'une seule religion, l'islam.