A l'heure du réchauffement climatique, faut-il encore investir de l'argent dans les remontées mécaniques de moyenne montagne? Les élus fribourgeois devront bientôt répondre à cette question. Et le peuple aussi, probablement. Car les milieux touristiques locaux, eux, n'ont aucun doute sur le sujet. Regroupant leurs revendications, ils veulent, ces prochaines années, remettre à neuf les infrastructures des Préalpes fribourgeoises pour un montant global de 57 millions de francs.

Des projets «cruciaux»

Et de demander une aide extraordinaire du Fonds d'équipement touristique. Le canton pourrait ainsi, selon la législation, participer jusqu'à hauteur de 49%, soit allouer quelque 27 millions de francs. Un montant qui dépasse le seuil du référendum financier obligatoire. Le reste du financement serait assuré par les associations régionales et des fonds privés.

«Ces différents projets sont cruciaux pour l'économie fribourgeoise. Sans remontées mécaniques, nous assisterons à la mort du tourisme dans nos montagnes», soutient Jacques Baudois, président démissionnaire de l'Association des remontées mécaniques fribourgeoises.

Concrètement, les stations de Moléson, Bellegarde, Charmey, La Berra et du Lac-Noir revendiquent toutes la construction d'un nouveau télésiège (télécabine pour Moléson). Selon elles, le temps presse. La concession pour l'installation de Moléson arrive à échéance en 2011. Les autres ont quelques années de répit en plus. Il faut donc rapidement construire du neuf, sous peine de voir les Préalpes fribourgeoises se désertifier, avertit l'Union fribourgeoise du tourisme.

Son président, Hubert Lauper, insiste: il ne s'agit pas d'ériger des téléskis, mais bien des «installations suspendues», susceptibles de dynamiser le tourisme estival. Et de citer l'exemple de Moléson, qui réalise d'ores et déjà 60% de son chiffre d'affaires durant la belle saison. Jacques Baudois ajoute toutefois que ce serait une erreur de négliger le ski. La Gruyère est proche des villes du plateau romand, et draine toute une clientèle de proximité. L'hiver 2007-2008, à l'enneigement excellent, l'a prouvé.

Quel est l'impact économique réel des remontées mécaniques en pays fribourgeois? Pour répondre à cette question, une étude a été commandée à la Haute Ecole de gestion de Fribourg. Ses conclusions sont attendues pour le 15 mai. Sur cette base, le Conseil d'Etat décidera de la suite à donner au dossier. Par la voix du ministre de l'Economie, Beat Vonlanthen, il a déjà fait savoir qu'il n'était pas opposé à entrer en matière sur une aide échelonnée et subsidiaire. Mais les stations devront définir des priorités et renforcer leur collaboration. Si tout se déroule comme prévu, le décret pour un crédit de financement devrait être soumis au Grand Conseil avant la fin de l'année.

L'économiste Francis Scherly, professeur à HEC Lausanne, a également rédigé en 2003 une étude sur le tourisme en Gruyère. Selon lui, financer de nouvelles remontées mécaniques dans cette région est envisageable, à condition de «le faire intelligemment». A l'entendre, le réchauffement climatique est désormais une donnée de base. Il est possible de tabler sur les sports d'hiver jusqu'à un horizon de 15-20 ans. Ensuite, rien n'est sûr. Surtout, «il faut définir un concept global du tourisme dans les Préalpes fribourgeoises». Or actuellement, celui-ci fait défaut.

«Pas de vision d'ensemble»

Une situation que déplore Raoul Girard, président de Gruyère Tourisme et député socialiste: «Les stations n'ont aucune vision d'ensemble. Je suis très sceptique face à cet investissement astronomique de près de 60 millions. Ce sera très difficile de l'amortir, et multiplier les dettes placerait nos stations dans une posture inquiétante. Je pense qu'il est illusoire de vouloir contenter tout le monde. Il faudra effectuer des choix.»

Son avis n'est de loin pas isolé au sein de l'hémicycle de l'Hôtel de Ville. Le démocrate-chrétien André Ackermann parle, par exemple, de somme «exorbitante» pour un domaine d'activité, le ski, dont l'avenir est aléatoire. «Et qui avancera les 30 millions restants? Je vois mal un partenariat public-privé dans les montagnes», ajoute-il.

Au Grand Conseil, le débat promet, on le voit, de faire des étincelles. Car le lobby touristique y compte aussi de nombreux représentants, à commencer par le nouveau président des radicaux, Jean-Pierre Thürler, ancien syndic de Charmey. Au bout du compte, le décret a de fortes chances d'être accepté. Dans ce cas, le peuple fribourgeois devra trancher.