Le dossier de la piscine couverte olympique de Fribourg rebondit. Huit mois après le refus du Grand Conseil de donner suite à une pétition paraphée par 12349 personnes réclamant une telle infrastructure, des privés prennent le relais des pouvoirs publics.

Selon les informations du Temps, un groupe d'investisseurs, réunis autour du député radical Pascal Kuenlin, ambitionne de réaliser un complexe immobilier dans une friche industrielle de la capitale cantonale, l'espace Boxal, à un jet de pierre de la gare. Pierre angulaire du projet, qui est devisé à 80 millions de francs: une piscine couverte olympique de 50 m, qui sera accessible au public, une infrastructure faisant actuellement cruellement défaut aux 80000 habitants de l'agglomération fribourgeoise, lesquels ne disposent que de la désuète piscine du Levant (25 m) pour nager en hiver.

«Nous avons défini une règle de communication. C'est no comment jusqu'au 4 novembre, date à laquelle le projet sera présenté en détail», indique Pascal Kuenlin, joint sur son portable.

Ancien président du club de basket-ball Fribourg Olympic, ce dernier est à la tête d'une des plus importantes agences immobilières de la place. Ardent promoteur du sport, il avait été notamment l'un des défenseurs les plus actifs du nouveau site sportif de Saint-Léonard, actuellement en construction. Dès lors, il n'est pas étonnant de le retrouver à l'initiative d'un projet de piscine qui, de l'aveu unanime, correspond à une attente de la population.

Selon nos sources, le complexe imaginé par les investisseurs fait la part belle à l'habitat. Au milieu de ces logements, qui se trouveraient au cœur de la ville, à quelques minutes à pied de la gare, un bâtiment accueillerait une piscine répondant aux normes olympiques (avec bassin de 50 m, d'entraînement et de plongeon).

Partenariat public-privé

Le financement repose sur un partenariat entre les secteurs privé et public, le premier assumant une part nettement majoritaire des dépenses. De quoi rassurer de nombreux politiciens qui estiment, comme on l'a entendu en février au Grand Conseil, que la construction d'une piscine par les collectivités publiques est illusoire, car trop coûteuse.

Il est vrai que ce type d'infrastructure n'est pas donné. Selon une étude menée par le Service des sports de Lausanne, qui planifie une piscine olympique couverte dans le cadre de son projet «Métamorphose», une telle construction génère un coût oscillant entre 30 et 35 millions de francs. Auxquels il faut rajouter les frais d'exploitation, de l'ordre de 3 millions par an.

Dès lors, même si elle devra à peine ouvrir son porte-monnaie pour la réalisation de l'édifice, la Ville de Fribourg, en proie à une situation financière délicate, ne sera pas en mesure d'assumer cette charge supplémentaire toute seule. Pour cette raison, les promoteurs s'achemineraient vers une solution régionale pour porter le projet, impliquant toutes les communes du district de la Sarine. Comment réagiront ces dernières? Difficile de le dire pour l'instant.

Carl-Alex Ridoré, le nouveau préfet socialiste de la Sarine, aura là une belle occasion de prendre son bâton de pèlerin pour convaincre ses concitoyens du bien-fondé de cette réalisation. Le sujet ne le laisse pas insensible. Avant son élection, il avait, ce printemps, repris le flambeau des pétitionnaires réclamant une piscine couverte en demandant au Conseil d'Etat, par voie de postulat, une étude sur les besoins et moyens relatifs à la construction et à l'entretien des installations sportives cantonales.

Contacté par Le Temps, il «ne confirme ni n'infirme» le projet de piscine, précisant n'avoir pas reçu de demande de permis de construire à ce jour. Et pour cause: l'idée de Pascal Kuenlin et de ses pairs doit d'abord être présentée, afin de convaincre les pouvoirs et l'opinion publics.

Cette intervention du secteur privé dans le dossier de la piscine couverte de l'agglomération fribourgeoise ne manquera pas de ravir le comité Pro piscine Fribourg qui, loin de baisser les bras après l'échec de sa pétition, se bat pour sensibiliser les Fribourgeois à sa cause. Elle pourrait en revanche sonner le glas de la proposition, émise par le radical Denis Boivin et reprise par le parlement communal de Fribourg, de couvrir les bains de la Motta d'une membrane extérieure en hiver. Pour autant, bien sûr, que le projet de l'espace Boxal se concrétise.