Les autorités fribourgeoises persistent et signent. En dépit de la résistance financière des communes et de certains partis politiques, une loi instaurant le RMI (revenu minimum d'insertion) sera présentée au Grand Conseil avant la fin de l'année. Le gouvernement genevois, sous l'impulsion de Guy-Olivier Segond, veut remodeler la politique sociale en moins de deux ans et instaurer un RME (revenu minimum d'existence). Le système de protection sociale des plus démunis poursuit sa mutation, entamée au milieu des années 1990, malgré les difficultés budgétaires que doivent affronter les collectivités publiques.

La couverture des besoins vitaux d'une petite minorité défavorisée, par le biais de l'assistance publique traditionnelle proche de la charité, tend à disparaître au profit d'une aide professionnelle à l'intégration que l'Etat désire mettre en place sans toujours avoir les moyens de ses ambitions. Chaque canton répond, dans son coin et à sa manière, à la nécessité de prendre en charge la nouvelle pauvreté qui a le visage des chômeurs en fin de droits.

L'assistance publique a longtemps été réservée aux personnes indigentes et sans ressources, anéanties par des problèmes familiaux ou de santé. A la dérive, cette petite minorité, dont la réinsertion semblait vouée à l'échec, représentait moins de 1% de la population.

La montée du chômage qui a atteint dans certaines villes romandes près d'une personne active sur dix, et surtout sa persistance, a provoqué une profonde modification de la population devant recourir à l'assistance publique. De nombreux chômeurs en fin de droits, arrivés au terme de deux ans d'indemnités, sont venus grossir les rangs des bénéficiaires d'une aide sociale à caractère passif inadaptée à leur situation. Exclus du monde du travail, ils sont en effet en mesure d'exercer une activité, généralement non lucrative, utile à la société et favorisant leur réintégration sociale.

Les autorités politiques ont donc, à partir du milieu des années 1990, tricoté dans l'urgence un nouveau filet social. Des sigles spécifiques rattachés à de nouvelles lois sont apparus: RMCAS (revenu minimum cantonal d'aide sociale) à Genève, RMR (revenu minimum de réinsertion) dans le canton de Vaud, AIT (allocation d'initiation au travail) en Valais, LEAC (loi sur l'emploi et l'aide aux chômeurs) à Fribourg.

Ces nouveaux dispositifs sociaux sont censés améliorer la prise en charge de tout ou partie de la nouvelle population devant recourir à une forme ou une autre d'assistance sociale. Leur nombre augmente chaque année. De moins de 1% à la fin des années 1980, la population bénéficiant d'une assistance sociale régulière et prolongée est passée à plus de 3% dans certaines régions du pays. A fin 1997, le canton de Neuchâtel a ainsi assisté plus de 6000 personnes, soit 3,6% de la population. «Les 53% des nouveaux dossiers sont ouverts pour des raisons économiques et non d'indigence. Il nous arrive de devoir compléter les salaires insuffisants de personnes qui travaillent régulièrement. Il y a quelque chose d'injuste et d'illogique dans ce système», constate Daniel Monnin, chef du Service neuchâtelois de l'assistance.

Les mailles de certains filets sociaux cantonaux sont parfois trop larges, en dépit d'un droit à un revenu minimum reconnu par le Tribunal fédéral et les recommandations de la Conférence suisse des institutions d'assistance sociale (CSIAS) qui fixe à près de 1100 francs, charges de loyer et d'assurances non comprises, le minimum vital pour une personne.

Une récente étude de l'Université de Fribourg montre que seul un quart des chômeurs en fin de droits entrent dans le dispositif d'aide mis en place par le canton. Cette constatation a incité le gouvernement à lancer un projet de RMI qui fera passer de 30 à 50 millions de francs par an la charge financière de l'aide sociale. Alors que le gouvernement vaudois s'apprête, à partir du 21 août, à laminer le RMR (lire Le Temps du 15 juillet), les autorités fribourgeoises, confrontées aux réticences des communes, devront réduire la facture du RMI et organiser la solidarité communale par district au lieu de la répartir sur l'ensemble du territoire cantonal. «Le principe du RMI est sauf. Nous diminuerons les coûts en optimalisant le système», se console François Mollard, chef du Service social.

La tendance est identique dans tous les cantons romands. Sous des appellations diverses, le nouveau filet social vise à généraliser une aide individualisée basée sur un contrat de contre-prestation qui peut prendre des formes très diverses.

L'engagement de la personne assistée dans un processus de réinsertion sociale ou professionnelle est récompensé par un supplément de 100 à 250 francs par mois et par la garantie que l'aide ne sera pas remboursable en cas de retour à une situation financière normale.