Une ruche entrouverte d’où s’envolent des abeilles butineuses, avides de soleil, de nectar et de vie. C’est ainsi que le directeur de l’EMS Saint-Martin, à Cottens, décrit la métempsycose opérée lundi dans ses murs. Après avoir vacciné la quasi-totalité de ses 105 résidents, l’établissement de la campagne fribourgeoise a enfin pu desserrer le carcan sanitaire dans lequel il vivait depuis un an. Repas en commun, visites en chambres, sans oublier le très populaire loto: la vie d’avant reprend peu à peu ses droits sur le Covid-19, pour le plus grand bonheur des résidents.

Le cliquetis des couverts résonne dans la vaste salle à manger baignée de lumière. A peine s’il couvre le brouhaha des discussions animées. Des mois qu’une telle scène n’avait pas eu lieu, observe le personnel, toujours masqué malgré le vaccin, qui zigzague entre les tables pour servir brochettes de bœuf et carottes sautées accompagnées de papillons au beurre. A 92 ans, Marie-Thérèse Jordan ne paraît pas déboussolée par l’effervescence du déjeuner. A sa table habituelle, elle a retrouvé son voisin de couverts et complice Robert Corpataux, 86 ans. Elle était «femme d’agriculteur» à Romont, il était meunier à Matran. Attachés à la terre et à leur région comme la plupart des résidents, tous deux trinquent aujourd’hui à l’arrivée précoce du printemps, mais surtout aux visites à venir de leurs proches.