Paysans

Fribourg renforce son dispositif d’accompagnement des agriculteurs en difficulté

Plusieurs structures ont été annoncées pour aider les agriculteurs souffrant de soucis touchant aux finances, à la relève intrafamiliale, à l’isolement social et à l’état de santé physique et psychique

Le canton de Fribourg renforce son dispositif d’accompagnement des exploitations agricoles. La volonté répond à des conditions d’exercice de la profession devenues notablement plus difficiles ces 20 dernières années.

Deux directions sont associées, celle de la santé et des affaires sociales (DSAS) et celle de l’agriculture (DIAF), dans le programme présenté jeudi à Grangeneuve (FR) par les conseillers d’Etat Anne-Claude Demierre et Didier Castella. «Le secteur a subi des mutations structurelles importantes», a relevé la première.

«Une pression grandissante»

«Les attentes liées à la politique agricole fédérale et aux marchés ont amené une pression grandissante», a précisé Anne-Claude Demierre. Il en a découlé des tensions professionnelles et privées. L’objectif du renforcement du dispositif instauré en 1999 vise à éviter le recours à l’aide sociale et à répondre aux difficultés sociales.

Les agriculteurs souffrent de soucis touchant aux finances, à la relève intrafamiliale, à l’isolement social et à l’état de santé physique et psychique. En découlent des conflits familiaux. Les conditions d’exercice de la profession impliquent 50 heures de travail hebdomadaire dans les deux tiers des exploitations. Le métier est par ailleurs affecté par deux fois plus de burnout (épuisement professionnel) que la moyenne suisse, a ajouté Anne-Claude Demierre.

Lire également: Suicide et travail: la première liste des métiers à risque

Création d’une cellule d’écoute

Face à ce constat, Fribourg propose de mettre en oeuvre un catalogue de plusieurs mesures pour améliorer le dispositif de 1999. Didier Castella a énuméré quatre points autour desquels le renforcement se déploiera en faveur des quelque 2800 exploitations agricoles du canton, dont 1% fait l'objet d'une attention particulière en l'état.

Il y a d'abord un réseau de sentinelles pour pouvoir intervenir le plus tôt possible, a expliqué Didier Castella. Le rôle peut être assumé par un vétérinaire, un contrôleur laitier, un conseiller agricole, un comptable ou toute personne en contact régulier avec les agriculteurs.

«Leur tâche consistera à informer ceux-ci de l'existence de la cellule d'accompagnement des exploitations paysannes en difficulté (AED)», a détaillé le magistrat. Cette entité, deuxième point du dispositif et qui existe déjà à Grangeneuve, garantira la confidentialité.

Le troisième volet sera constitué d'un suivi des cas avec à la clé des mesures de mise à disposition de spécialistes dans plusieurs domaines. Enfin, le quatrième point proposera un mentorat, avec une dizaine de personnes formées et rémunérées. Celles-ci devront afficher une fibre humaine et sociale marquée.

Libérer la parole

Le renforcement s'appuiera sur une enveloppe budgétaire quadruplée à 60 000 francs à compter de 2020, a dit Anne-Claude Demierre. Au-delà, les intervenants ont souligné que tout le secteur n'était pas nécessairement en détresse, loin de là. Mais l'idée consiste avant tout à libérer la parole de ceux qui ne s'expriment pas.

Samuel Joray, responsable de la cellule AED, a livré pour sa part une série d'exemples pour illustrer les difficultés de certains agriculteurs. Nombre d'entre elles ont trait à l'activité laitière, où la pression est constante. Il a aussi mentionné la contrainte, inhérente à la profession, de travailler et de vivre en un même lieu.

Les recommandations publiées jeudi se fondent sur l’étude s'intéressant aux risques psychiques et sociaux des exploitants du canton de Fribourg. La recherche, sur mandat de ce dernier, a été effectuée auprès du professeur Jérémie Forney de l’Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel.

Publicité