Fribourg repousse la fête des centenaires

Anniversaire Il faudra avoir cent ans révolu pour être célébré comme centenaire, soit un an plus tard qu’actuellement

Mais Fribourg reste très généreux par rapport à d’autres cantons romands

Peter Offner est entré le 14 juillet dernier dans sa centième année. La limousine du Conseil d’Etat fribourgeois est parquée devant l’immeuble depuis 10h30. Mais ce n’est pas ce qui surprend. Car honorer les centenaires est une tradition dans le canton de Fribourg, comme ailleurs. Non, ce qui est étonnant, c’est que Peter Offner habite au troisième étage et qu’il n’y a pas d’ascenseur. Sa famille le confirme: il n’en a pas besoin. En bonne santé, il monte et descend les marches tous les jours sans problème.

C’est un fait, les centenaires sont toujours plus en forme lorsqu’ils atteignent ce cap. Cet été déjà, un centenaire fribourgeois avouait qu’il conduisait encore le tracteur. Certains font le jardin, jouent aux cartes, suivent attentivement l’actualité. Autant d’exemples et de rencontres qui ravissent les magistrats, chargés à tour de rôle de rendre visite à chaque nouveau centenaire et de lui offrir son cadeau au nom du Conseil d’Etat.

Néanmoins, le canton de Fribourg a décidé de revoir la pratique. Car si les centenaires sont toujours mieux portants, ils sont aussi toujours plus nombreux.

En 1985, il y a eu quatre nouveaux centenaires, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter depuis pour concerner 18 personnes en 2014 et une trentaine cette année. Le record a été atteint en 2013, avec 40 fêtés. Il y a actuellement 31 personnes âgées entre 100 et 105 ans dans le canton.

Le Conseil d’Etat a ainsi décidé que dès l’an prochain, la fête aura lieu le jour effectif des 100 ans, plutôt qu’à l’entrée dans la centième année, soit à 99 ans. Et il n’y aura plus qu’un seul cadeau possible: les cent bouteilles de vin. Jusqu’à ce jour, les centenaires pouvaient choisir entre ce lot de bonnes bouteilles ou un fauteuil, une option qui était toujours moins prisée.

C’est le conseiller d’Etat Beat Vonlanthen qui remettait le vin à Peter Offner, mardi dernier à Guin. Etaient également présents l’huissier dans sa tenue de cérémonie, ainsi que le syndic de la commune. La famille et la presse ont également contribué à remplir le salon de l’appartement, où trône un grand écran plat.

«On me fournit le parcours de vie de la personne mais je tiens à écrire le discours moi-même, avec mes mots», explique Beat Vonlanthen. Détendu, prenant son temps, le candidat PDC pour succéder à Urs Schwaller au Conseil des Etats tient à cette tradition. «Fêter un centenaire est un événement positif. Tous ne sont pas aussi en forme que M. Offner, mais il s’agit d’une génération qui a fait un travail incroyable, qui a énormément apporté à la Suisse. La moindre des choses est de le reconnaître officiellement.»

Les conseillers d’Etat fribourgeois veulent continuer à se déplacer personnellement, alors que dans la plupart des cantons, d’autres représentants de l’Etat se chargent maintenant de cette mission. «Par contre, vu le nombre de centenaires, il nous paraissait juste de reporter la fête d’une année et de marquer le jour des cent ans. Cette décision n’a pas fait l’objet de critiques. Elle a été bien comprise», relève Beat Vonlanthen.

En sa qualité d’huissier d’Etat, Claude Freiburghaus et son collègue sont chargés de l’organisation de cette journée. «C’est chaque fois au moins un jour et demi de travail, réparti dans le temps», explique-t-il. Une fois que nous avons une liste des prochains centenaires à fêter, il faut trouver une date. «Nous privilégions le jour exact de l’anniversaire, sauf s’il tombe sur un week-end ou pendant une période de vacances», indique Claude Freiburghaus.

Les noms des concernés et le calendrier fixé pour les prochains mois sont ensuite soumis au Conseil d’Etat qui se répartit les engagements. L’huissier doit alors encore s’occuper du choix du cadeau, se procurer le parcours de vie de la personne, préparer l’arrêté qui sera validé par le Conseil d’Etat, le transmettre aux différents services concernés, rédiger le communiqué de presse, organiser le déplacement avec la voiture officielle, faire dédicacer un magnum de vin, voir si le cadeau a été livré, s’informer délicatement de l’état de santé de la personne, commander un bouquet de fleurs et aller le chercher. Arrive enfin le moment où l’huissier peut revêtir son habit de cérémonie et emboîter le pas du conseiller d’Etat. «En principe, nous restons une heure sur place. Tout dépend du contexte», raconte Claude Freiburg­haus.

Mais à Guin, la fête était bien partie. Assis au côté de sa compagne Charlotte Zbinden, Peter Offner a immédiatement engagé la conversation avec le conseiller d’Etat, n’hésitant pas à le charrier et à interrompre son discours pour y mettre son grain de sel. Ensemble, ils ont évoqué des souvenirs de cette Singine où le centenaire a toujours vécu. Jusqu’à passé 90 ans, il faisait encore du vélo. Des problèmes de vue le contraignent aujourd’hui à mettre la pédale douce, mais il fait encore tous les jours sa petite promenade, jusqu’à un banc offert par la commune aux centenaires du village, avec une plaquette portant le nom de chacun. Un chemin qu’il connaît par cœur. Le secret de sa forme? «Aimer, boire et manger. Dans cet ordre», dit-il avec malice. Et pour longtemps encore. Cet automne en tout cas, Beat Vonlanthen a promis de lui organiser une visite de l’ancienne brasserie Cardinal, qui se transforme progressivement en parc d’innovation appelé BlueFactory. Peter Offner ne semble pas convaincu.

«On me fournit le parcours de vie de la personne mais je tiens à écrire le discours moi-même,avec mes mots»