Les Fribourgeois ne sont pas revenus sur leur premier choix du 18 octobre dernier. Ils l’ont même renforcé en offrant une majorité des voix au président du Parti socialiste suisse Christian Levrat, brillamment réélu, et au Conseiller d’Etat PDC Beat Vonlanthen pour siéger au Conseil des Etats. La candidature surprise de l’UDC Jean-François Rime, qui a provoqué ce second tour, a très rapidement tourné au fiasco.

Car il n’y a pas eu de suspense. A 12h30 déjà, les jeux étaient clairs. «Il n’y a plus rien à espérer. Il ne faut pas se faire d’illusions», lançait d’ailleurs le président de l’UDC, Roland Mesot, alors que la moitié des communes avaient déjà livré leur verdict. C’est vrai qu’à l’Hôtel de Ville de Fribourg, où étaient proclamés les résultats, les politiciens présents n’ont pu que prendre acte de la clarté du vote.

Christian Levrat a triomphé sur ses terres

Christian Levrat, dont la non-réélection au premier tour en a surpris plus d’un, a fait ce dimanche un carton sur ses terres. Il récolte 48 680 suffrages, contre 39 014 au premier tour. Le conseiller d’Etat Beat Vonlanthen, directeur de l’économie, arrive juste derrière avec 45 122 suffrages. Avec ses 27 132 voix, le conseiller national UDC Jean-François Rime, qui s’est invité en cours de route, est ainsi largement distancé.

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Soulagé, Christian Levrat tire deux enseignements de cette issue. «La population confirme son attachement à cette formule magique à la fribourgeoise, soit un PDC et un PS pour la représenter à Berne. Mais surtout, elle dit non à l’arrogance dont fait preuve l’UDC depuis le 18 octobre», dit-il. Et de minimiser la portée de l’avancée de l’UDC, devenue le premier parti du canton de Fribourg aux élections fédérales d’octobre: «Trois quarts des Fribourgeois ne sont pas UDC. Surtout, ils ne sont pas prêts à laisser tous les leviers du pouvoir à ce parti», analyse-t-il.

Un second tour pour rien? Jean-François Rime refuse le jugement

De son côté, Jean-François Rime rejette sèchement la critique d’avoir provoqué ce second tour pour rien, tout ça au frais du contribuable. Il dit s’être basé sur les résultats d’octobre et n’avoir pas eu beaucoup de temps pour réfléchir. Le président de l’Union suisse des arts et métiers a en effet fait un très bon score au Conseil national et l’UDC a remporté un deuxième siège avec l’élection de Pierre-André Page, au détriment du PS. Après le retrait de la course aux Etats du PLR Jacques Bourgeois, le Bullois s’est senti des ailes pour ébranler le tandem PDC-PS, pensant avoir le soutien de la droite, des milieux économique et agricole. Il a ainsi remplacé Emanuel Waeber, premier choix de l’UDC, pour partir au combat.

Une stratégie qui a surpris la droite et n’a pas fait l’unanimité parmi les agrariens. Et une stratégie que les citoyens fribourgeois ont décidé de ne pas suivre, voir de sanctionner. «C’est vrai, une partie de la population n’a pas apprécié qu’on change de candidat en cours de route», confirme Pierre-André Page. Le nouvel élu fribourgeois au Conseil national pensait cependant que le score serait plus serré avec un nouveau candidat mieux connu dans le canton, patron d’une grande scierie, deux fois candidat au Conseil fédéral, en 2010 et en 2011, et deux fois au Conseil des Etats, en 2007 et en 2011.

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«Tout le monde s’unit contre nous»

Le principal intéressé fait une autre analyse: «Dans le système majoritaire, tout le monde s’unit contre nous. Résultat: c’est un candidat de l’extrême gauche et un candidat du centre qui sont élus.» Agé de 65 ans, Jean-François Rime siégera au Conseil national, mais il assure qu’il y a 99,9% de chances pour qu’il ne soit plus candidat à rien à l’avenir. «Sauf peut-être au Conseil général de Bulle, pour m’occuper», lance-t-il sur le ton de la plaisanterie.

Sénateur sortant, le PDC Urs Schwaller va ainsi transmettre le flambeau à Beat Vonlanthen. Le magistrat assumera un double mandat jusqu’aux élections cantonales, en automne 2016. Il admet qu’il s’agit d’un défi mais indique avoir allégé la charge en remettant certains mandats, comme la présidence des directeurs cantonaux de l’énergie.