C'est fait. Les autorités politiques fribourgeoises vont devoir se pencher sur le cas de Catherine Repond, dite Catillon, sauvagement torturée, puis mise à mort et brûlée par le patriciat pour sorcellerie en 1731 (LT du 04.10.2008). Le député PDC Jean-Pierre Dorand a en effet déposé hier une motion demandant sa réhabilitation, comme l'avait annoncé Le Temps.

Son texte reprend les termes de la motion glaronaise qui a permis, en 2007, à la «sorcière» Anna Göldi, exécutée pour «empoisonnement» en 1785, de retrouver son honneur. «Le Conseil d'Etat est chargé de soumettre au Grand Conseil un projet de décision par lequel Catherine Repond est réhabilitée», écrit Jean-Pierre Dorand, lui-même historien.

«Assassinat judiciaire»

Selon lui, le procès de Catillon, «qui survient des décennies après la dernière exécution d'une autre «sorcière», étonne. Il s'agit en fait d'un assassinat judiciaire, orchestré par le pouvoir oligarchique de l'époque et son agent, Béat-Louis Montenach. Afin de faire taire une femme qui en sait trop sur d'importants personnages et leurs trafics, dont le faux monnayage», précise le démocrate-chrétien dans son argumentaire.

Pourquoi réhabiliter une innocente condamnée il y a plus de deux siècles? Selon l'historien, il s'agit d'une prise de conscience historique pour le Grand Conseil, qui dispose du droit de grâce. Cela permettra aussi d'examiner les rapports entre un pouvoir absolu et l'individu écrasé par ce dernier, de s'interroger sur la tolérance et l'intolérance, de favoriser de nouvelles recherches sur les sources historiques de ces procès afin de mieux cerner la mécanique impitoyable qui a brisé des individus et transformé l'Etat en monstre.

A Glaris, le Conseil d'Etat s'était opposé à la motion. Cela n'a pas empêché le Grand Conseil de réhabiliter Anna Göldi. Saisi de la proposition de Jean-Pierre Dorand, le gouvernement fribourgeois a maintenant une année pour prendre position. «Horrifié par ces histoires de sorcières», son président, Pascal Corminboeuf, est ravi: «A titre personnel, je vois cela d'un œil très favorable. C'est un signe que l'on ose revisiter notre passé et l'amender si nécessaire.»