C'est l'histoire, un peu triste, de deux adolescentes fribourgeoises. En automne 2005, toutes deux ont un peu moins de 15 ans, et comme les garçons et les filles de leur âge, elles fréquentent abondamment les «chats» sur Internet.

La première entre en communication régulière avec un jeune homme, encore mineur, d'à peine 18 ans. Elle s'éprend de lui. Après quelque temps, le Don Juan demande à sa dulcinée de lui montrer ses seins, via une webcam. Hésitations. Finalement, amoureuse, elle cède à la requête et dévoile sa poitrine à son copain. Lequel en profite pour enregistrer l'image à son insu, afin de la diffuser à des tiers.

Cascades d'échanges

Le second cas est encore plus troublant. L'adolescente en question rencontre, toujours sur la Toile, un garçon du même âge qu'elle. Suivent des échanges de messages et de photos via MSN. Le «chatteur» explique alors à son interlocutrice qu'il souhaite la voir «sous tous les angles». Elle s'exécute, se photographie dans le plus simple appareil, dans des positions particulièrement suggestives. Après avoir obtenu de son correspondant qu'il se montre nu devant sa webcam, elle lui transmet neuf images d'elle-même. L'adolescent s'empresse alors de les transmettre par courrier électronique à des amis, qui les font parvenir à leur tour à d'autres connaissances.

Plaintes déposées

Or les cercles ados du canton de Fribourg ne sont pas infinis, et les nouvelles circulent vite. Les jeunes filles se rendent bientôt compte de la supercherie dont elles sont les victimes. Traumatisme. Les parents sont également effondrés. Ils décident de porter plainte.

«Ces affaires sont révélatrices d'un nouveau type de criminalité lié à Internet. Dans les deux cas, il y a infraction contre l'honneur et violation du domaine privé», relève Michel Lachat, président de la chambre pénale des mineurs.

S'il déplore la naïveté des adolescentes, le magistrat souligne le sentiment trompeur de sécurité engendré par le Web: «Les internautes se croient à l'abri, protégés, coupés du monde extérieur. C'est comme s'ils étaient tranquillement dans leur chambre. Ils ne se rendent pas compte qu'un message, une photo, échangés sur un «chat» ou intégrés sur un blog peuvent être consultés par des milliers de personnes.»

Certes, les deux dossiers connaîtront une issue positive. Après séance de conciliation devant l'office des mineurs, la première plainte a été retirée. La seconde devrait l'être également, grâce à la mise en place d'une médiation. «Mais les protagonistes ne ressortent pas indemnes de ce genre d'affaires. Primo, les procédures ont un coût, qui se chiffre en milliers de francs. Surtout, parents et enfants sont durablement choqués. Ainsi, dans le second cas, la jeune fille a été psychologiquement atteinte.»

La loquacité de Michel Lachat au sujet de ces histoires sensibles laisserait presque perplexe. Elle s'inscrit en fait dans une logique de prévention que la police fribourgeoise, s'appuyant sur la Direction de l'instruction publique de la culture et du sport (DICS), entend faire rayonner.

L'exemple des banlieues françaises

Car les images coquines de mineures diffusées illicitement ne sont qu'un aspect de la délinquance juvénile qui frappe le canton via la Toile. Le phénomène des blogs, ces pages interactives, simples à créer et accessibles à tous, a engendré une sorte de guerre des clans par écrans interposés.

«Dans l'agglomération de Fribourg, notamment, certains jeunes s'identifient aux événements qui se sont passés dans les banlieues françaises. Ils ont divisé la ville en secteurs, et chaque bande rivalise d'imagination pour afficher sa suprématie vis-à-vis des autres», explique Michael Perler, chef de la police de sûreté.

Au menu de ces blogs de quartiers: des photos de jeunes posant avec des armes, voire faisant mine d'exécuter un ennemi. Mais également des «faits de bravoure» (graffitis sur des bâtiments publics, doigts d'honneur dirigés contre un poste de police), des petits films montrant des scènes de tabassage, ou des messages s'enorgueillissant de larcins passés.

«A la limite du légal»

Plus troublant, certains sites recèlent des clichés de voitures incendiées à Fribourg. C'est du reste par le biais de ces derniers que la police, dans le cadre d'une enquête y relative, a commencé à filtrer ces pages Web. Les incendiaires, finalement appréhendés, n'étaient pas liés aux blogs. Il n'empêche: «Le contenu de ceux-ci est souvent à la limite du légal», note Michael Perler.

«Internet est un outil formidable, il ne s'agit pas de l'abolir. Mais les jeunes, les parents aussi, doivent comprendre les dangers qui se cachent dans ses méandres», avertit Michel Perriard, secrétaire général de la DICS. D'où la mise sur pied de cette action de prévention, qui passera notamment par les écoles du canton.