L'idée semble tomber du ciel. Noyée dans un programme d'économies développé sur une quarantaine de pages, elle tient sur trois paragraphes. Histoire de gagner «quelques millionsde francs», le gouvernement fribourgeois a pris l'option, le 16 janvier, de raccourcir d'un an la durée de la scolarité jusqu'à la maturité. De 13 ans, elle passerait à 12 ans. Comment? «Cela dépendra d'une procédure de consultation», répond évasivement Urs Schwaller, directeur des finances, en commentant, mercredi, cet aspect d'un programme d'économies qui porte sur quelque 20 millions de francs, soit 1% des dépenses.

Ce projet, glissé au directeur de l'Instruction publique, Augustin Macheret, moins d'un an avant son départ, a pourtant fait l'objet d'une très sérieuse étude de faisabilité. Avant même d'être rendu public, il a suscité la réaction d'un parlementaire démocrate-chrétien, qui se livre déjà à une analyse des trois modèles qui seront soumis au verdict de la consultation. L'élu démocrate-chrétien en conclut qu'il vaut mieux épargner le secondaire supérieur (4 ans de collège), et l'école primaire (six ans), pour réduire la durée du secondaire inférieur (cycle d'orientation de 3 ans aujourd'hui). Pourtant, si Fribourg veut se mettre au diapason de la majorité des 22 cantons qui connaissent ou planifient un cursus scolaire sur douze ans, la réduction devrait être opérée au niveau du collège, en réduisant de quatre à trois ans la dernière étape pour obtenir une maturité.

Cette formule 6-3-3 (six ans de primaire, trois ans de secondaire inférieur, trois ans de secondaire supérieur), est la solution la plus souvent adoptée ou prochainement envisagée, notamment à Zurich, Berne, Saint-Gall ou Thurgovie. Parmi les cantons romands, Fribourg est le seul, avec Genève et le Valais, à s'en tenir à une formation gymnasiale en quatre ans.

Le débat promet d'être chaud dans un canton dont les enseignants avaient pris note, en 1995, de l'intention du Conseil d'Etat de ne pas bousculer le secondaire supérieur au-delà de l'introduction de la nouvelle maturité. D'autant que mûrit, en commission, un autre projet: celui de retarder de un ou deux ans la sélection entre sections pratique, générale ou prégymnasiale, qui s'effectue aujourd'hui à l'âge de 13 ans.

«Ce projet de réforme tombe vraiment au mauvais moment, souligne François Piccand, recteur du collège de Bulle. Il sera difficile d'obtenir l'adhésion du corps enseignant. Les professeurs auront l'impression de devoir tout recommencer au moment où les premières nouvelles maturités seront à peine distribuées.»

Quel gain financier

Et puis, le gain financier sera-t-il vraiment important? «En avançant l'entrée à l'université d'un an, cela peut provoquer un allongement des études universitaires, plus coûteuses que celles du niveau secondaire» ajoute le recteur en évoquant le risque d'accroissement du stress, des cas d'anorexie ou de dépression des élèves par la densification d'un programme de maturité à effectuer en trois ans.

Le système scolaire est également mis sous pression économique à un autre titre. Les mesures budgétaires prévues bloquent à 20 le nombre de postes d'enseignants supplémentaires accordés en 2002. Cela ne correspond pas à l'explosion démographique scolaire et obligera les communes à augmenter le nombre d'élèves par classe, ou à procéder à de nouveaux regroupements scolaires.

Les déclarations des con- seillers d'Etat fribourgeois se suivent mais ne se ressemblent guère sur le sujet. Le 14 février, Michel Pittet, directeur de l'Economie publique, prônait la nécessité de faire des efforts importants en matière de formation pour favoriser le rattrapage économique d'un canton pénalisé par la pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs à haute valeur ajoutée. Mercredi, son collègue de parti Urs Schwaller a présenté un plan d'assainissement des finances qui touche durement la structure scolaire, réservoir de main-d'œuvre de demain.

Le gouvernement semble pourtant acquis à l'idée que c'est le prix à payer pour que Fribourg, défavorisé par un revenu cantonal par habitant inférieur de 20% à la moyenne suisse, et une reprise économique trop faible, puisse retrouver des comptes équilibrés et assainir sa dette.