C’est un vote crucial pour la politique d’innovation à Fribourg qui s’est joué ce vendredi au Grand Conseil. Les députés ont accepté par 71 voix contre 24 (2 abstentions) d’injecter 25 millions de francs dans la recapitalisation de la société Bluefactory Fribourg-Freiburg (BFF), dont le canton est actionnaire à parts égales avec la ville de Fribourg (celle-ci se prononcera sur sa participation le 22 février). Ces 50 millions doivent permettre au projet de véritablement décoller après plusieurs retards. Les fonds vont servir à la réalisation de différentes constructions et permettront au laboratoire du Smart Living Lab de l’EPFL, présent depuis 2015, de disposer de son propre bâtiment.

Cette recapitalisation est une nécessité aux yeux du conseiller d’Etat Olivier Curty, chargé de l’Economie, qui a plaidé pour «un vote à la hauteur des ambitions du canton». «Bluefactory joue à guichets fermés. Face aux demandes de location qui s’accumulent, nous sommes contraints de rediriger les entreprises vers d’autres sites», a-t-il regretté. En outre, pour le magistrat démocrate-chrétien, l’argent investi dans les futurs bâtiments servira de «plan de relance bis» en pleine pandémie, apportant du travail aux acteurs régionaux de la construction.

Ancienne brasserie Cardinal

Si le vote a été plus net qu’attendu, beaucoup de députés ont cependant fait part de leurs réserves. Il faut dire que Bluefactory est devenu l’un des dossiers les plus clivants de la politique fribourgeoise. Créée le 12 février 2014, la société BFF a pour mission de développer et gérer le quartier d’innovation né sur le site de l’ancienne brasserie Cardinal. Aujourd’hui, le lieu accueille 55 entreprises et associations, pour 340 emplois. Un résultat qui demeure en deçà des attentes initiales suscitées par cette friche industrielle stratégique de 53000 m², au cœur de la ville, à deux pas de la gare.

Lire aussi: A Fribourg, on achève bien l’innovation

Les débats ont surtout reflété les tensions inhérentes au projet, la charte d’utilisation contraignant Bluefactory à intégrer ce parc technologique dans le tissu urbain, en y incluant notamment des activités socioculturelles. A gauche, le socialiste Elias Moussa a ainsi appelé BFF à «ne pas se laisser enfermer dans un rôle de régie immobilière classique», mais à créer «un quartier bouillonnant de vie, innovant et ouvert à la population», à l’image du quartier Hürlimann de Zurich. De son côté, le PLR Romain Collaud a souligné qu’il était primordial que le moteur de Bluefactory demeure le développement économique: «Organiser des concerts ou des expositions, pourquoi pas, mais la priorité doit être donnée aux start-up.»

Au final, peut-être encore marqués par la récente annonce de cessation d’activités du Swiss Integrative Center for Human Health (SICHH) – installé justement à Bluefactory –, les députés ont largement apporté leur soutien à la recapitalisation. Seule l’UDC s’y est farouchement opposée. Son chef de groupe, Nicolas Kolly, a dénoncé «un projet voué à l’échec» et «une promotion immobilière hasardeuse», reprochant aux députés des autres partis de «s’être résignés à ce que ce projet devienne le gouffre financier du canton».

«Un bon signal»

Contacté à l’issue de l’assemblée, Jacques Boschung, président du conseil d’administration de BFF, ne cache pas sa satisfaction, en particulier devant le vote clair des députés: «C’est un bon signal qui nous permet d’aller de l’avant avec les nouvelles constructions qui sont prêtes à être lancées.» Malgré les critiques de certains députés, le Fribourgeois défend l’idée d’un quartier d’innovation durable qui intègre aussi bien les nouvelles composantes urbaines que les technologiques. Il conclut que «cet équilibre est la force du projet. Un site qui peut marier culture et économie au cœur d’une ville n’a pas d’équivalent en Suisse.»