L'UDC fribourgeoise se frotte les mains. L'ancien préfet de la Broye Jean-Luc Baechler quitte le PDC et rejoint le parti présidé par Jean-Luc Rimaz. Le politicien de 45 ans relance ainsi une carrière qui l'avait vu échouer d'un cheveu au Conseil d'Etat en 2001.

L'arrivée de l'actuel président du Tribunal de la Broye est une aubaine pour une section UDC en manque de leaders. Jean-Luc Baechler pourrait être un atout majeur pour les prochaines élections cantonales de 2006. L'objectif du parti: la reconquête du siège perdu au gouvernement cantonal en 1996.

Dans sa demande d'adhésion datée du 2 novembre, Jean-Luc Baechler se dit «en profond décalage avec les idées développées par le PDC, qui se perd dans une langue de bois devenue de plus en plus incompréhensible, contradictoire et stérile».

Après plusieurs entretiens avec l'état-major UDC, le Broyard estime que son nouveau parti «a su garder le sens des vraies valeurs qui ont fait notre pays malgré les profondes mutations de notre société». Les divergences avec le PDC, notamment sur le dossier de l'asile, sur la lutte contre l'insécurité et «sur la promotion d'une politique de droite active» sont évoquées.

La trajectoire de Jean-Luc Baechler ressemble à celle empruntée par Jean-François Rime. Provoquant une tempête en Gruyère, le Bullois s'était libéré du giron radical à l'automne 2002 pour se faire élire l'année suivante au Conseil national. Ses ambitions politiques étaient alors contrecarrées par la présence d'un autre Bullois, Jean-Paul Glasson, le conseiller national radical sortant.

Si Jean-Luc Baechler évoque avant tout des raisons idéologiques pour rejoindre les rangs de l'UDC, sa nouvelle formation pourra également lui offrir davantage d'opportunités électorales qu'au PDC. Avec à coup sûr Isabelle Chassot et Beat Vonlanthen en lice, les places à prendre sur la liste démocrate-chrétienne seront chères. En passant à l'UDC, cet avocat, ancien chef de section au Département fédéral de justice et police, pourra avancer sur un terrain nettement plus dégagé.

A l'aile droite du PDC et proche des milieux patronaux, Jean-Luc Baechler a, lorsqu'il était préfet de la Broye, œuvré au développement économique de son district. Il s'est notamment impliqué dans des dossiers clés comme l'Hôpital intercantonal de la Broye ou le Collège intercantonal de Payerne. Après dix ans à la préfecture, il s'est lancé dans la course au Conseil d'Etat en 2001. Avec de très bons scores dans la Broye, la Glâne, la Singine et une partie de la Gruyère, le candidat a talonné de 19 voix seulement le radical et actuel ministre des Finances Claude Lässer.

C'est d'ailleurs le siège radical au Conseil d'Etat qui pourrait être mis en danger par une candidature UDC solide. Les deux derniers candidats UDC au gouvernement avaient fait chou blanc. L'arrivée de Jean-Luc Baechler pourrait changer la donne. Cette semaine, les Jeunes démocrates-chrétiens ont peut-être fait son jeu: ils ont demandé une nouvelle fois à leur parti d'enterrer l'entente avec les radicaux. Quoi de mieux pour l'UDC qu'une droite classique divisée.

Reste l'inconnue Pascal Corminboeuf. En briguant un troisième mandat, le conseiller d'Etat broyard et indépendant pourrait amenuiser les chances d'un candidat UDC grâce à son incontestable popularité.

Jean-Luc Baechler conserve tout de même un handicap: il traîne une petite casserole. Alors qu'il était préfet, il avait obtenu un permis de construire pour sa villa par son propre lieutenant de préfecture. Le hic: la parcelle était située sur une zone réservée à l'habitat collectif. La commune et les services de l'Etat lui avaient d'ailleurs refusé la dérogation. L'affaire avait fait grand bruit. Et Jean-Luc Baechler avait finalement quitté son poste pour se consacrer totalement à sa candidature au Conseil d'Etat. Mais cette histoire ne l'avait pas empêché d'enregistrer de bons résultats dans plusieurs districts du canton.