Deux ans après l’élection de sa première sénatrice, le canton de Fribourg sera dorénavant représenté par deux femmes au Conseil des Etats. «Ce duo fribourgeois aura du punch et du dynamisme!» a lancé la PLR Johanna Gapany, venue sur le site de l’Université de Fribourg féliciter celle qui l’accompagnera à Berne, Isabelle Chassot. Ce dimanche, la centriste a en effet largement remporté l’élection complémentaire provoquée par le départ de Christian Levrat à la présidence de La Poste. La directrice de l’Office fédéral de la culture a obtenu un score canon: 54 695 voix (62,66%), ne laissant aucune chance à son seul adversaire, le socialiste Carl-Alex Ridoré, 32 591 suffrages (37,34%).

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Il n’y a pas eu de suspense, tant l’avance d’Isabelle Chassot a été rapidement déterminante. Prudente, entourée des siens dans un café du centre-ville, cette dernière a toutefois attendu la toute fin du dépouillement pour commenter son élection. Emue, elle peinait à analyser, à chaud, un tel plébiscite. La centriste réalise l’exploit d’arriver en tête dans toutes les communes du canton, y compris en ville de Fribourg, où la gauche est pourtant majoritaire, ainsi qu’à Villars-sur-Glâne, le fief de Carl-Alex Ridoré, préfet de la Sarine. «Je ne m’explique pas un tel score. Je pensais sincèrement que ce serait beaucoup plus serré et que le vote se jouerait à quelques centaines de voix», note Isabelle Chassot. Elle parle de la «campagne de proximité» qu’elle a menée cet été à la rencontre des Fribourgeoises et des Fribourgeois: «J’y ai senti beaucoup de bienveillance de leur part. Et je me réjouis de les représenter à nouveau.»

Retour en politique

Conseillère d’Etat de 2002 à 2013, Isabelle Chassot marque son grand retour en politique. Son élection résonne comme une revanche pour le Centre. Elle permet au parti de retrouver son siège historique au Conseil des Etats, perdu lors des élections fédérales de 2019. «Ce n’était finalement qu’une erreur de parcours», se réjouit Damiano Lepori, le président du Centre fribourgeois, qui se félicite d’être allé chercher Isabelle Chassot pour cette complémentaire, laquelle a accepté de se mettre à disposition après un temps de réflexion. «C’était véritablement la bonne candidate, poursuit Damiano Lepori. C’est une politicienne rassembleuse capable de convaincre l’ensemble de la population.»

Pour la gauche, au contraire, c’est la douche froide. Pour la première fois depuis 2003, elle n’est plus représentée à la Chambre des cantons. Le PS perd le siège occupé successivement par ses deux stars, Alain Berset et Christian Levrat. Carl-Alex Ridoré prend acte du résultat et félicite son adversaire de sa victoire. Visiblement déçu, presque groggy, il lui est difficile de tirer des conclusions, mais constate qu’Isabelle Chassot a fait le plein de voix dans le camp bourgeois. Une observation que partage Alizée Rey, la présidente du Parti socialiste fribourgeois: «On retrouve le rapport de force habituel du canton, 60% pour la droite et 40% pour la gauche.»

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Fin analyste de la politique fribourgeoise, le centriste Urs Schwaller pense que c’est la personnalité d’Isabelle Chassot qui a fait la différence. «Il ne faut pas voir dans ce vote un désaveu pour Carl-Alex Ridoré, qui était un bon candidat, explique celui qui fut conseiller d’Etat et aux Etats. Mais Isabelle Chassot a pour elle son histoire avec notre canton. Elle est présente depuis longtemps en politique. Dans cette période marquée par l’incertitude, la population lui fait confiance pour la défendre à Berne.»

Trio 100% féminin

Avec l’élection d’Isabelle Chassot, la députation fribourgeoise à Berne comptera six femmes sur neuf. Ce qui réjouit les conseillères nationales centristes Marie-France Roth Pasquier et Christine Bulliard-Marbach. «Isabelle Chassot est une bâtisseuse de ponts, nous nous réjouissons de collaborer avec elle», relèvent les deux élues, signalant que le Centre est aujourd’hui représenté par un trio 100% féminin. «C’est la preuve que l’image parfois un peu vieillotte de notre parti ne colle plus à la réalité», s’enthousiasme Marie-France Roth Pasquier.

Aux yeux de plusieurs observateurs, le vote «femme» a certainement permis à Isabelle Chassot de grappiller des voix dans les centres urbains, comme en ville de Fribourg. Mais du côté de la gauche, on regrette surtout que le duo fribourgeois aux Etats soit dorénavant monocolore. «Il sera important en 2023 de se battre pour une représentation équitable des forces politiques», insiste Carl-Alex Ridoré. Mais il y a une échéance plus immédiate, les élections cantonales du mois de novembre prochain. Avec comme enjeu pour la gauche de rééquilibrer les forces au Conseil d’Etat, elle qui ne compte plus que deux élus sur sept.