Le temps n'est pas au beau fixe pour les centres des agglomérations helvétiques. La ville de Fribourg vient d'en faire l'amer constat. Une étude confiée à la Haute Ecole de gestion du canton de Vaud (HEG-Vd) et à Critères Economie vient en effet de mettre en lumière les surcoûts payés par la capitale au titre de commune-centre. La formation, la santé et le social ainsi que les transports publics et les routes sont les trois domaines-clés où Fribourg paie au prix fort une péréquation défavorable. Les charges liées avec l'Etat représentent notamment les deux tiers de ces surcoûts. Le cercle des utilisateurs des infrastructures et des prestations offertes par Fribourg est également plus large que celui des payeurs. Ce phénomène de capillarité («spillovers») vers les autres communes, additionné aux coûts de centralité, provoquerait ainsi des dépenses supplémentaires de 17 à 22 millions de francs par année. L'enjeu est d'importance lorsque l'on sait que les déficits de la cité des Zaehringen lors de ces dix dernières années oscillaient autour des 7 millions de francs.

Alors que les démarches pour créer une agglomération butent toujours sur le volet fiscal et que Fribourg tente depuis plusieurs années de s'attirer la bienveillance financière de ses voisines, voici le Conseil communal doté d'un document de référence et de nouveaux arguments pour aller frapper aux portes. L'objectif final de l'exécutif est bien d'obtenir la reconnaissance formelle de sa spécificité. Car, comme les autres agglomérations de Suisse, Fribourg a mal à sa centralité. Une dynamique démographique et économique plus faible que dans la banlieue, des populations moins aisées et plus âgées, des infrastructures culturelles, éducatives et ludiques à construire, un réseau de transports publics à financer, un rendement fiscal plus faible (voir tableau), une péréquation financière à l'avantage des zones rurales ou des communes voisines sont autant d'inconvénients relevés par les auteurs de «Ville de Fribourg, étude des charges de ville-centre», Denis Décosterd (Critères Economie) et Jean-Claude Perret-Gentil (HEG-Vd). Des charges supplémentaires qui, selon eux, ne compenseraient pas les bénéfices que Fribourg retire de sa position stratégique.

Malgré ce constat, le syndic Dominique de Buman tempère ses revendications. «Il ne s'agit pas d'imposer les conclusions de cette étude à nos partenaires de l'agglomération et à l'Etat. Ce document montre un certain nombre de déséquilibres, dont nous aimerions discuter en toute transparence. Il serait bon de les corriger, afin que Fribourg ait à l'avenir les moyens suffisants pour investir dans des infrastructures et des prestations utiles au développement de tout le canton», a expliqué le nouveau conseiller national démocrate-chrétien.

Pour les auteurs de l'étude, le principal handicap de Fribourg se trouve dans sa classification fiscale. Contrairement au canton de Vaud qui possède une échelle linéaire, le système fribourgeois possède six catégories de classement des communes. «Ce système pénalise la ville-centre par méconnaissance des phénomènes urbains et avantage les petites communes à vocation résidentielle. La philosophie de la péréquation fribourgeoise veut que le centre finance les communes à faible capacité financière. En fait, Fribourg, dont la capacité fiscale n'a rien d'exceptionnel, paie une péréquation au bénéfice des autres communes du canton», ont commenté Jean-Claude Perret-Gentil et Denis Décosterd. Ainsi, Fribourg, située aujourd'hui en classe 2, aurait davantage sa place entre les classes 3 et 4. Enfin, un mille-feuille de pénalisations légales imposées par la taille démographique de la commune limiterait également les possibilités d'obtenir des subventions dans de nombreux domaines.

Le Conseil communal espère ainsi que l'Etat, qui est en train de réformer toute la classification des communes, puisse reprendre une partie des conclusions de l'étude pour rééquilibrer le système en tenant compte des spécificités de la commune-centre. Les solutions proposées par les experts sont d'ailleurs de plusieurs natures. Introduire une échelle continue en lieu et place des classes (Vaud), mettre en place une péréquation spécifique des villes-centres assortie de péréquations régionales (Berne) ou définir une péréquation classant à part la ville-centre (Zurich) sont autant de pistes proposées. Mais le développement d'une politique d'attraction des habitants et des emplois ainsi que celui d'un marketing urbain seraient également souhaitables, selon les auteurs de l'étude.