Le potentiel est énorme. La plupart du temps situées au cœur même des agglomérations suisses, des friches industrielles dont la superficie totaliserait 1700 hectares, sommeillent dans l'attente d'une réhabilitation. Publiée en novembre 2006, une synthèse a recensé ces surfaces industrielles, propres à une nouvelle affectation, dont l'étendue, selon l'étude, équivaut à celle de la ville de Genève prise en son entier.

Des millions de manque à gagner

Les changements de localisation des activités humaines, la disparition de branches entières dans le secteur de l'industrie ou l'augmentation des rendements de production sur de plus petites surfaces ont concouru à la naissance de ces zones sous- ou tout bonnement non exploitées. Telles sont en tout cas les raisons qui se voient avancées par l'Office fédéral du développement territorial (ARE) ainsi que par celui de l'environnement des forêts et du paysage (OFEFP), à l'origine de l'étude.

Ces deux offices de la Confédération ont constaté qu'un tiers des surfaces reste encore totalement vide, le second tiers étant sous-utilisé dans diverses affectations transitoires, le dernier tiers enfin étant resté affecté à l'usage initial.

Le 80% de ces friches se situent dans les régions urbaines du Plateau. A eux seuls, les grands centres que sont Bâle, Berne, Genève, Lausanne, Lugano, Lucerne, Saint-Gall, Winterthour et Zurich se répartissent le 27% de ces zones.

L'Office fédéral du développement territorial et l'OFEFP évaluent le manque à gagner en revenu locatif annuel entre 0,5 à 1,5 milliard de francs. En termes de revenu fiscal, les communes y perdraient entre 150 et 500 millions de francs par année. Outre l'aspect purement économique, les villes suisses affrontent une demande toujours plus forte de logements.

De 300000 à 700000 logements

Emmanuel Rey, associé du bureau d'architectes Bauart à Neuchâtel et Berne, vient de terminer une thèse portant sur les friches urbaines, une terminologie dans laquelle il englobe aussi bien les terrains industriels, que ferroviaires, militaires, infrastructurels et portuaires laissés à l'abandon.

A l'aune de cette considération, l'étendue des friches se situerait, selon Emmanuel Rey, plutôt entre 25 et 35 millions de m2. «Leur régénération permettrait théoriquement de réaliser entre 300000 et 700000 logements, ce qui représente entre dix et vingt-trois années de nos besoins en la matière», analyse-t-il.

Un renouvellement créatif

D'ici à 2020, la Confédération espère stabiliser la surface d'urbanisation à 400m2 par habitant. «La contribution potentielle des friches représente entre 43 et 61% de cet objectif quantitatif», relève Emmanuel Rey. Et d'ajouter: «Outre le gaspillage du sol, l'étalement urbain génère une augmentation des coûts d'infrastructures, des disparités socio-économiques et des impacts environnementaux liés à la mobilité.»

Exploiter ces friches et construire «la ville en ville», ouvrent de nouveaux horizons de projet urbain. La dynamique porte désormais sur des quartiers entiers. Dans un tel contexte, les architectes et les urbanistes peuvent développer simultanément mixité de population et d'activités, développement durable et mobilité à grande échelle. En Suisse romande, plusieurs projets illustrent cette tendance à revitaliser la ville.