Agriculture

Fritz Glauser, au sommet de l’agriculture

Déjà vice-président de l’Union suisse des paysans, le Fribourgeois brigue la fonction de président de l’Organisation mondiale des agriculteurs. L’élection a lieu le 13 juin à Helsinki

A Châtonnaye, dans la campagne fribourgeoise, une vingtaine de génisses patientent dans l’étable, prêtes à partir pour l’alpage. Mais leur propriétaire, Fritz Glauser, a la tête ailleurs. En Finlande plus précisément, où se tient la semaine prochaine l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale des agriculteurs (OMA). A son retour, il en sera peut-être le président.

Candidat à cette fonction, le vice-président de l’Union suisse des paysans (USP) a de bonnes chances de l’emporter le 13 juin. Deux autres personnes briguent le poste. Elles sont originaires de Nouvelle-Zélande et de l’Afrique du Sud. Mais Fritz Glauser jouit d’un large soutien, notamment des pays européens. Il faut dire qu’il connaît l’organisation internationale de l’intérieur puisqu’il est entré au comité fin 2015. Il en est le trésorier et même le vice-président ad interim depuis l’an dernier. Une ascension rapide qu’il n’avait pas prévue car elle repose sur des circonstances tragiques. Accusée de corruption dans une affaire impliquant le syndicat des agriculteurs zambiens, Evelyn Nguleka a remis sa démission de la présidence de l’OMA en septembre dernier. Elle est décédée subitement en février 2017. Pour Fritz Glauser, l’année écoulée a ainsi été une sorte d’année de répétition, avec 50 jours passés à l’étranger.

Fanfare et politique

De langue maternelle allemande, l’agriculteur parle parfaitement le français et il est à l’aise en anglais, langue qu’il a apprise à l’occasion de deux séjours prolongés, en Grande-Bretagne et au Canada. D’origine thurgovienne, il s’est installé en terre romande en 1993, avec femme et enfants. «Nous avons été merveilleusement accueillis et avons toujours participé à la vie villageoise», raconte-t-il. A tel point qu’il est quasi impossible d’énumérer toutes les activités familiales sans craindre d’en oublier une.

Dernière fierté paternelle? Les résultats de son fils, Thomas, à la récente Fête cantonale fribourgeoise de lutte, dont il présidait d’ailleurs le comité d’organisation. Sans tenir compte d’un quelconque ordre d’importance ou chronologique, Fritz Glauser, né en 1961, est aussi député PLR au Grand Conseil fribourgeois. Outre la vice-présidence de l’USP, il est président de l’Union des paysans fribourgeois et de la Fédération suisse des producteurs de céréales. Ancien membre de la fanfare militaire, il a aussi rejoint la société de musique régionale. «Mon père, qui était lui-même agriculteur et très engagé dans les activités syndicales et paroissiales, nous a toujours dit: soit tu participes, soit tu ne participes pas.»

USA, Ethiopie: même combat

Il semble avoir retenu la leçon. L’OMA est une jeune organisation. Créée en 2011 par les agriculteurs et pour les agriculteurs, elle comble un certain vide. La Via Campesina fait certes entendre la voix des paysans. Mais il s’agit surtout d’un mouvement, qui fonctionne de manière décentralisée. «Avant, il n’y avait personne face aux grandes organisations internationales. On y parlait d’alimentation, de sécurité alimentaire, mais les paysans n’avaient pas voix au chapitre. Dorénavant, nous sommes là et participons aux conférences internationales», explique le Fribourgeois d’adoption. Parmi les derniers événements marquants: la conférence sur le climat, à Paris. «L’agriculture, en plus d’être touchée par le réchauffement climatique, a aussi un rôle à jouer et devra participer à la mise en œuvre des mesures prises», annonce-t-il. L’OMA suit également de près l’agenda de l’Organisation mondiale du commerce.

Près de 70 pays sont membres de l’organisation, qui a son siège à Rome. Le point commun entre un agriculteur américain, éthiopien et suisse? «Justement, on pense que les intérêts des uns et des autres sont incompatibles, répond Fritz Glauser. Mais c’est loin d’être le cas. Nous avons les mêmes préoccupations aux quatre coins de la terre: faire valoir la plus-value de nos produits. Est-ce normal que 80% des victimes de la famine soient des familles rurales?» Et d’énumérer d’autres soucis communs, comme le vieillissement qui touche cette profession. «Au Japon, la moyenne d’âge des agriculteurs dépasse les 60 ans», s’inquiète-t-il. Améliorer les revenus, la formation, défendre la place des femmes, promouvoir l’agriculture familiale, etc. Autant de thèmes communs qui figurent au sommet de l’agenda. «Et il s’agit également d’assurer les conditions de base de l’agriculture, poursuit-il, à savoir l’accès à la terre, à l’eau et aux semences.»

Une organisation à consolider

Fritz Glauser est prêt à relever ces défis. Et il connaît la matière. Producteur bio, il est à la tête d’une exploitation de 40 hectares, active dans le lait, l’élevage bovin, les grandes cultures, la vente directe et l’engraissement de porcs. S’il est élu le 13 juin, il entend d’abord consolider l’organisation. «Au départ, il y a eu un grand engouement. En quelques années, le nombre de membres a doublé. Les attentes augmentent et avec elles, les difficultés. Il s’agit d’y répondre.» Parallèlement, le candidat entend également asseoir la réputation et la crédibilité de l’organisation face à ses interlocuteurs.

Il a l’esprit tranquille. A Châtonnaye, ses deux fils sont en train de reprendre l’exploitation. Ils accompagneront les génisses à l’alpage. Mais ils sont aussi avertis: Fritz Glauser veut garder le contact avec la terre. Il a prévu de consacrer 1200 heures à l’exploitation familiale. L’horaire est affiché sur le mur de la cuisine.

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