Richard Koller est un informaticien proche de l’UDC. Il a été secrétaire général de la section cantonale lucernoise, avant de se faire licencier pour avoir lancé une initiative contre la libre circulation des personnes en concurrence avec celle du parti national. Il voulait protéger les emplois des seniors sur le marché du travail.

Lui aussi informaticien, Charly Pache s’est porté candidat au parlement de la ville de Berne sur la liste 13, celle des Verts du maire Alec von Graffenried. «Un amoureux de la nature, pacifiste et idéaliste qui veut améliorer le monde», se définit-il. Après l’introduction du passeport biométrique, il est devenu très critique envers les autorités. Cet ancien membre du Parti pirate prône une élection du Conseil national par tirage au sort, de manière à ce que des citoyens de toutes conditions puissent y siéger.

Empêcher un «passeport covid»

Qu’est-ce qui peut bien réunir ces deux personnalités aux antipodes de l’échiquier politique? Tous deux sont membres du comité d’initiative «Stop à la vaccination obligatoire», dont la récolte des signatures a débuté le 1er décembre dernier. Ce comité veut compléter l’article 10 de la Constitution fédérale en précisant que «toute personne a droit à l’intégrité physique et mentale». Plus loin, il spécifie que le refus d’un vaccin «ne doit pas entraîner de désavantages sociaux ou professionnels pour les personnes concernées».

Lire aussi:  Le passeport covid, l’idée qui divise

A la base de la démarche, une nouvelle association («Le Mouvement de liberté suisse»), qui veut concilier patrie, liberté, responsabilité individuelle et protection de la nature. Le 3 septembre dernier, elle a déjà remis une pétition munie de 54 000 signatures à la Chancellerie fédérale. «En un seul jour le 2 juillet, nous avons même recueilli 10 000 paraphes», raconte Richard Koller.

C’est un fait: le Conseil fédéral n’a jamais envisagé de décréter la vaccination obligatoire. Mais les initiants, qui redoutent d’éventuels effets secondaires «potentiellement cancérigènes», n’écartent pas ce cas de figure. «Si la Confédération a déjà acheté plus de 10 millions de doses de vaccin, alors elle voudra les utiliser», fait remarquer l’informaticien lucernois. Mais l’objectif de l’initiative est d’empêcher toute velléité allant dans le sens d’un «passeport covid» privilégiant les citoyens vaccinés, une idée évoquée par la présidente de la Commission de santé du Conseil national Ruth Humbel.

Un surprenant paradoxe

Le paradoxe ne manque pas de surprendre: d’une part, l’arrivée des vaccins développés par les entreprises Pfizer, Moderna et AstraZeneca constitue le principal espoir de surmonter la pandémie, ainsi que n’arrête pas de le souligner le ministre de la Santé Alain Berset. Mais d’autre part, les Suissesses et les Suisses n’y croient pas vraiment. Le nombre de personnes prêtes à se faire vacciner a régressé de 59% à 49% de mars à octobre, selon un sondage des instituts Démoscope et Sotomo. Selon un autre sondage réalisé pour la SSR, les Alémaniques (48%) sont un peu plus sceptiques que les Romands (44%). C’est comme si les gens avaient plus peur des effets secondaires du vaccin que de la dangerosité de la maladie.

Le problème n’est pas nouveau. En 2013, la loi sur les épidémies avait déjà fait l’objet d’un référendum en raison de la crainte d’un vaccin obligatoire qu’elle suscitait. En votation populaire, elle avait certes été acceptée par 60% des votants dans un tout autre contexte. Mais la méfiance est restée la même. Père d’une fille de 4 ans, Charly Pache et sa femme ont renoncé à la faire vacciner. «Un vaccin n’est pas sans risques. J’attends toujours qu’on fasse une étude exhaustive entre les enfants vaccinés et les autres pour savoir qui se porte le mieux.»

Lire également l'interview de Philippe Eggimann: «La vaccination n’est pas une pratique mystique»

Une question de liberté de choix

De son côté, Richard Koller assure ne pas faire de ce combat une question idéologique. Lui aussi a été vacciné dans son enfance. «C’est une question de liberté de choix. Je veux conserver le droit de dire non», insiste-t-il. «Notre initiative est préventive. Nous voulons empêcher que les personnes non vaccinées ne soient discriminées dans l’accès à certaines manifestations, dans leur liberté de voyager ou dans l’exercice de leur profession. Ce serait le début d’une société à deux vitesses indigne d’une démocratie comme la nôtre.»

Dans le viseur du comité d’initiative, trois accusés: les autorités – l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) en tête –, puis l’industrie pharmaceutique et les médias, tous soupçonnés de présenter le vaccin sous un jour beaucoup trop favorable, relevant «la solution miracle». «Les fabricants qui testent eux-mêmes leurs produits n’ont pas intérêt à en révéler les faiblesses. Ce serait aux centres de recherche des universités d’assumer cette tâche, déplore Charly Pache. Il en découle un vrai déficit dans la neutralité de l’information.» Richard Koller va plus loin, dénonçant une «dictature de l’information».

Lire encore:  Les vaccins: de la science, pas de la sorcellerie

Une chose est sûre en ce moment. Si la loi sur les épidémies permet effectivement de décréter une obligation de vacciner pour certaines catégories de personnes, personne n’y songe. S’il devait y en avoir une, ce serait en premier lieu le personnel hospitalier. Or, l’association faîtière des hôpitaux H+ ne l’envisage pas. «La nécessité de la vaccination est évidente, mais H+ s’appuie sur son caractère volontaire», déclare-t-on à l’association, qui précise que cette stratégie relève de la responsabilité des hôpitaux eux-mêmes. Contactés, les deux centres universitaires que sont les HUG et le CHUV confirment ce caractère volontaire. Des collaboratrices ou collaborateurs qui s’y opposeraient ne seront donc pas sanctionnés.

Les deux initiants refusent de passer pour des adeptes des théories du complot. Charly Pache balaie ce reproche. «En tant qu’informaticien, je suis une personnalité cartésienne», répond-il. «Aux Etats-Unis, les effets secondaires des médicaments sont la troisième cause de décès.» Directeur de l’institut de sondage Sotomo, Michael Hermann note qu’en Suisse, 28% des gens s’opposent par principe à tout vaccin. «La plupart sont des adeptes de médecines alternatives ou des ignorants optimistes. Seule une petite partie d’entre eux sont des complotistes.»