genève

La fronde d’un syndicat d’enseignants contre Anne Emery-Torracinta

Une pétition demande l’annulation d’une évaluation cantonale de français jugée trop sensible politiquement. Le DIP fait bloc face aux critiques

«Tes parents souhaiteraient accueillir un(e) jeune migrant(e) pour partager votre dîner trois soirs par semaine. Tu leur fais part de ton avis»: c’est à partir de ce prélude que les élèves de 11e année du cycle d’orientation de tout le canton ont rédigé leur évaluation commune de français le 19 mars dernier. Un sujet jugé trop sensible et politiquement orienté, qui a suscité l’ire de certains enseignants. Mercredi après-midi, ils déposeront, auprès du Grand Conseil, une pétition munie de 375 signatures issues du secondaire I et II pour réclamer l’annulation du Test d’attentes fondamentales (TAF). A titre indicatif, le cycle d’orientation comptait 1763 enseignants en 2017.

Dès sa présentation, l’évaluation cantonale a suscité des réticences. Destinée aux élèves du cycle d’orientation, mais aussi à certains élèves du secondaire II, notamment ceux du Centre de transition professionnelle, elle a semblé particulièrement inadaptée à ce public. «Certains jeunes sont eux-mêmes des migrants dont les parents sont absents ou décédés, cette évaluation risquait de raviver des traumatismes», juge Wael Almoman, membre du Bureau de l’UNION du corps enseignant secondaire genevois. Face à la mobilisation des professeurs, la direction générale du secondaire II a finalement décidé de faire passer un ancien test datant de 2015.

Propos stigmatisants, voire racistes

Au cycle d’orientation, en revanche, la direction générale a persisté. Au grand dam des enseignants que le sujet du test choquait. Ils ont encore déchanté en découvrant les copies des élèves dont certaines contenaient des propos stigmatisants, voire racistes. «La réponse du DIP demandant d’observer une bienveillance particulière, lors de la correction, dans les cas d’élèves issus de la migration n’a fait qu’accroître le malaise, précise Muriel de Dompierre, représentante de la Famco. En effet, certains élèves migrants ont pu être déstabilisés par le sujet, les représentants de discipline de français nous ont alertés à ce sujet.»

Le manque de coordination entre les deux directions provoque, de fait, une inégalité de traitement. Une iniquité d’autant plus grave, pour les pétitionnaires, que le TAF est un élément déterminant du recrutement des élèves pour les écoles professionnelles ou les apprentissages. «Aujourd’hui, on a deux tests différents dont les résultats ne sont pas comparables, estime Muriel de Dompierre. Le thème de la migration peut tout à fait être abordé, mais pas dans une évaluation aussi cruciale et stressante. Le choix du DIP était inadéquat. On demande qu’il reconnaisse son erreur en annulant le TAF.»

«Testé et validé»

En proposant un sujet aussi sensible, ne fallait-il pas s’attendre à des controverses? Face aux critiques, le Département de l’instruction public (DIP) précise que le TAF de français a fait l’objet d’un processus d’élaboration complet. «Il a été rédigé par des enseignants de français du cycle d’orientation et testé dans des classes avant d’être validé», détaille le porte-parole du DIP Pierre-Antoine Preti, qui précise que «personne ne l’a remis en cause durant son processus d’élaboration».

Organiser un nouveau test d’ici à la fin des cours? La mission semble quasiment impossible. «A ce jour, à l’exception de deux classes dans le canton, tous les résultats ont déjà été enregistrés par les enseignants, argumente Pierre-Antoine Preti. L’annulation du TAF prétériterait non seulement le travail effectué par les élèves, mais également celui des enseignants qui en ont d’ores et déjà terminé la correction.» Le DIP précise que cette évaluation, sous forme de points, ne constitue qu’un des nombreux paramètres pris en compte et transmis aux employeurs lors d’un recrutement.

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