Les enseignants alémaniques relancent la discussion sur l’enseignement du français. La conférence des maîtres du niveau primaire intermédiaire de Suisse orientale demande que le français soit repoussé en septième année. Actuellement, dans la majorité des cantons alémaniques, le français est enseigné après l’anglais, en cinquième année.

«Nous n’avons rien contre le français. Mais beaucoup d’enfants sont dépassés par l’enseignement de deux langues étrangères. Personnellement, j’aurais été favorable à ne garder que le français au niveau primaire, mais une majorité des parents donne la préférence à l’anglais», déclare Harry Huwyler, président de la conférence zurichoise des maîtres du degré intermédiaire (de la quatrième à la sixième année primaire). Avec ses collègues de Saint-Gall, Thurgovie, Schwyz, Glaris et Appenzell Rhodes-Intérieures, il demande que le français soit reporté.

«L’enseignement du français, qui commence en cinquième année, n’est de toute façon pas précoce. On peut tout aussi bien commencer en septième année, cela ne joue plus aucun rôle. Si on voulait vraiment profiter des premières années scolaires pour apprendre les langues, il faudrait déjà commencer à l’école enfantine avec l’anglais et en deuxième ou troisième primaire avec le français. La solution retenue avec deux langues étrangères au niveau primaire est purement politique, elle a été imposée au détriment de la pédagogie et des élèves.»

La Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique CDIP avait adopté en 2004 le fameux modèle 3/5 qui oblige les cantons à commencer au plus tard en troisième année avec la première langue étrangère, et en cinquième avec la deuxième. En réaction, toute une série de cantons ont voté pour savoir s’il fallait enseigner deux langues étrangères au niveau primaire. Presque tous ont dit oui, dont Zurich à fin 2006.

Pourquoi ce nouveau mouvement de fronde, alors que cette décision n’est appliquée que depuis quelques années? «Les travaux pour un plan d’études commun aux cantons alémaniques – Lehrplan 21 – entrent dans une phase décisive. Si on veut encore changer quelque chose, c’est maintenant. Après, cela sera cimenté pendant des années», répond Harry Huwyler.

Stefan Birchler, président des enseignants thurgoviens du degré primaire intermédiaire, précise: «Nous aimerions avant tout que les cantons de Suisse orientale travaillent plus étroitement ensemble. Il y a par exemple de grandes disparités dans les heures consacrées aux diverses branches. Saint-Gall a trois périodes de français hebdomadaires de 50 minutes, Thurgovie deux de 45 minutes. Nous avons essayé de faire une grille horaire idéale, et nous sommes arrivés à la conclusion que les langues sont surreprésentées. Le français n’est qu’un aspect parmi d’autres. En Thurgovie, nous aimerions une leçon supplémentaire de travaux manuels.»

La recommandation des six associations cantonales a été prise par leur comité respectif à l’unanimité, soit une vingtaine de personnes. Il n’y avait pas de mandat formel des membres. Mais la base est remontée contre le français. Beat W. Zemp, président de l’association des enseignants alémaniques, confirme: «L’insatisfaction est grande. Nous allons d’ici à la fin de l’année présenter nos propositions d’amélioration pour l’enseignement de deux langues étrangères en primaire. Nous aimerions agir à plusieurs niveaux: cours d’appui en allemand, mesures pour encourager les échanges scolaires et dans certains cas repousser l’enseignement du français. Mais nous ne sommes pas favorables à une seule langue étrangère en primaire. Car sinon, les parents qui ont les moyens vont payer des cours à leurs enfants, c’est la porte ouverte aux inégalités.»

Les maîtres savent que leurs chances d’être entendus sont faibles. Zurich, Saint-Gall et Glaris ont ratifié le concordat Harmos et n’ont pas vraiment le choix. Le directeur saint-gallois de l’Instruction publique, l’UDC Stefan Kölliker, l’a rappelé clairement aux enseignants. Les cantons de Suisse centrale qui ont soit refusé, soit gelé l’adhésion à Harmos pourraient en théorie repousser le français. Car le Plan d’études 21, qui s’appuie sur Harmos, n’a pas d’effet contraignant.

Mais cette nouvelle poussée de fièvre s’inscrit dans une ambiance défavorable à l’enseignement du français. Ainsi, Zurich examine la possibilité d’en dispenser plus systématiquement les élèves faibles pour concentrer les efforts sur l’allemand et les mathématiques. Dans certaines écoles, les dispenses atteignent déjà 10% (LT du 16.04.2012).

«En Thurgovie, nous aimerions une leçon supplémentaire de travaux manuels»