Libre-échange

La fronde s'étend contre l’accord avec le Mercosur

En une semaine, une pétition a réuni 67 000 signatures contre l’Accord de libre-échange entre la Suisse et le Mercosur. S’emparant de ce sujet électoralement porteur, la gauche brandit la menace du référendum, alors même que les détails ne sont pas encore connus

La Suisse a signé 30 accords de libre-échange (ALE) avec divers pays, y compris avec des puissances comme la Chine. Mais aucun d’entre eux n’a jamais fait l’objet d’autant de rejet que celui avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay), dont les négociations ont été conclues il y a pile une semaine. Négocié conjointement avec la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (AELE), l’accord ne sera signé qu’en novembre, voire au début de l’année prochaine, avant d’être soumis au Conseil fédéral. Mais d’ores et déjà, partis politiques et ONG affûtent leurs armes. Les Verts et le Parti socialiste ne cachent pas leur envie de lancer un référendum.

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Le ton est donné par les Verts. Les militants qui se réunissent ce samedi en assemblée générale à Rapperswil-Jona (SG) chargeront leur direction d’étudier le lancement d’un référendum. Ils sont déjà passés à l’acte en cette fin de semaine en lançant un appel en ligne pour soutenir une telle démarche. «Notre appel a été largement entendu, se félicite la conseillère nationale Lisa Mazzone (Verts/GE). Les feux en Amazonie ont rendu visible la réalité de la politique économique basée sur le profit au détriment de l’environnement, des droits humains et des populations autochtones.»

N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs que de vouloir lancer un référendum alors que le contenu de l’accord n’est même pas connu? «Les Verts critiquent de longue date le Mercosur, répond l’élue genevoise. C’était le sens de notre initiative populaire pour des aliments équitables que nous avons défendue devant la population il y a un an.» La députée se défend de vouloir surfer sur un sujet sensible pendant la campagne des élections fédérales d’octobre: «Nous avons toujours défendu cette position dans le cadre des discussions sur la politique agricole.»

Signature impensable pour le PS

Le Parti socialiste suisse fonce aussi. Selon son président, Christian Levrat, la destruction délibérée de la forêt tropicale au Brésil montre que le gouvernement du président Jair Bolsonaro ne respecte pas ses obligations environnementales. «C’est pourquoi la signature de l’ALE avec le bloc Mercosur est actuellement impensable», proclame-t-il.

Le Parti libéral-radical (PLR), qui se réunit également en fête d’été ce samedi a Aarau, n’a pas mis ce sujet à son ordre du jour. Selon sa porte-parole, Fanny Noghero, «les accords de libre-échange ne sont pas à sens unique, ils profitent toujours aux deux parties, contribuent au développement économique durable et ouvrent une porte pour aborder directement les questions sociales et écologiques».

Quant aux Vert’libéraux, ils se moquent des opposants à l’ALE avec le Mercosur. «Ce n’est pas en refusant des partenariats qu’on résoudra les problèmes de l’Amazonie, ironise la conseillère nationale Isabelle Chevalley, ajoutant que les vaches suisses mangent déjà du soja brésilien. Si l’Union européenne (UE) signe un ALE avec le Mercosur, nous sommes obligés de suivre, ajoute-t-elle. Notre économie ne peut survivre sans les exportations. Même une entreprise comme Ricola écoule 90% des bonbons aux herbes suisses à l’étranger.»

L’UE a en effet conclu en juin son accord de libre-échange avec le Mercosur. Toutefois, certains pays, notamment la France et l’Irlande, ont fait savoir qu’ils pourraient ne pas le ratifier. Dans ce cas, l’accord serait mort-né.

Pression sur les paysans suisses

Du côté de la société civile, c’est la prudence. Mais une prudence qui cache mal son insatisfaction. L’Union suisse des paysans (USP), le syndicat majoritaire de la branche, n’a pas encore pris position. «Nous avons tout de même appris que les négociateurs suisses ont fait des concessions sur d’autres produits agricoles que la viande, qui constitue un sujet central pour les éleveurs suisses, fait remarquer Francis Egger, responsable du dossier. Nous voulons en savoir plus.»

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L’USP est particulièrement inquiète concernant trois points. Premièrement, la qualité de la viande: «Alors qu’on nous met sous pression pour réduire les produits phytosanitaires, des pays comme le Brésil en utilisent de plus en plus, relève Francis Egger. Nous demandons de la cohérence.» Deuxièmement, le lait: les descendants d’émigrés suisses au Brésil produisent et vendent des fromages qui portent des noms comme Gruyère ou même Moléson. Inacceptable, selon l’USP. Enfin, l’organisation faîtière des paysans est attentive à l’importation des fruits des pays du Mercosur qui en sont de grands producteurs. L’USP craint que les négociateurs suisses n’aient accepté d’ouvrir le marché même durant la saison de production dans le pays.

Pas d’étude d’impact

Alliance Sud, un groupe des plus importantes ONG suisses, décidera de participer à un éventuel référendum seulement après avoir pris connaissance des détails de l’accord. Elle fait toutefois remarquer que le Secrétariat d’Etat à l’économie, chargé des négociations, n’a pas donné suite à sa demande de réaliser une étude d’impact de l’accord sur le développement durable.

Un indicateur met en lumière l’ampleur de l’opposition à l’ALE avec le Mercosur. Campax, organisation de campagne et de mobilisation en Suisse, notamment par le biais de pétitions en ligne, a récolté 67 300 signatures en moins d’une semaine. Du jamais-vu, selon les responsables.

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