Votations fédérales

Frondeurs, les socialistes fribourgeois et genevois soutiennent le RBI

Les deux sections cantonales se distancient du parti socialiste suisse qui invite à rejeter l'initiative «pour un revenu de base inconditionnel», soumise au vote le 5 juin prochain

Sur le terrain du RBI, les socialistes fribourgeois et genevois font bande à part. A l’approche des votations fédérales, leurs sections cantonales soutiennent l’initiative «pour un revenu de base inconditionnel», alors même qu’au niveau suisse, les délégués invitent à rejeter la proposition. Ceux-ci la considèrent en effet comme une «fausse bonne idée» qui «pèche par l’absence d’une stratégie claire et responsable de mise en œuvre». Prises à contre-courant, les décisions de Fribourg et Genève témoignent des divergences d’opinion au sein de la gauche.

«Nous militons pour une meilleure répartition des richesses et nous voulons permettre à tout un chacun de vivre décemment», explique Benoît Piller, président du parti socialiste fribourgeois (PSF). Réunis mardi en assemblée générale, les membres du PSF se sont prononcés en faveur de l’initiative par 27 voix contre 12 et 3 abstentions, suivant ainsi la recommandation du comité, unanime sur le sujet. Révélé par La Liberté du 6 mai, leur choix se veut avant tout idéologique au nom d’un changement de société. Il s’oppose par là à la ligne suisse du parti socialiste, même si «la position du PSS n’était elle-même pas unanime», précise le président. «Le score était serré au moment du vote.» Par le passé, la section fribourgeoise avait déjà soutenu l’initiative 1-12 et celle pour un salaire minimum à 4000 francs suisses.

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Benoît Piller demeure toutefois conscient des difficultés liées à la mise en œuvre de l’initiative. «La question du financement reste à définir, il pourrait s’agir de lever des taxes via la TVA par exemple.» Face à ceux qui craignent un démantèlement du filet social, le président répond qu’un revenu minimum sécurisant pourrait encourager les personnes, aujourd'hui soutenues financièrement, à retrouver un emploi. «Demander de l’aide ne doit pas être un geste culpabilisant. A Fribourg, l’aide sociale est remboursable, il s’agit davantage d’un coup de pouce que d’un assistanat.»

Quant au risque de dumping salarial, il estime au contraire qu’un revenu de base à 2500 francs pousserait les patrons à revoir leur salaire à la hausse, sous peine de ne plus trouver de volontaires prêts à travailler pour une faible rémunération. «Notre relation au travail doit être repensée et la question continuera à se poser même en cas de rejet le 5 juin prochain», ajoute Benoît Piller. Frondeurs jusqu'au bout, les socialistes fribourgeois ont également soutenu par 38 voix contre 4 et 3 abstentions, la modification de la loi sur la procréation médicalement assistée. Le PSS laisse, lui, la liberté de vote sur cet objet.

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A Genève, la section cantonale plébiscite elle aussi l’initiative pour un revenu de base. «Ce projet pose les bonnes questions et rendrait service à bon nombre de personnes», estime sa présidente Carole-Anne Kast. Elle cite le cas d’un jeune physiothérapeute qui hésite à se lancer à son compte ou celui d’une mère de famille au chômage qui n’ose pas franchir le seuil de l’assistance sociale, quitte à se mettre dans une situation financière inextricable. «Le RBI permettrait de sortir d’une logique d’aumône et de valoriser des tâches aujourd'hui invisibles comme le bénévolat.» A ses yeux, l’argument du dumping entraîne un faux débat. «Les patrons n’ont pas attendu le RBI pour pratiquer des salaires de misère.» Elle reconnaît toutefois que le vote du 5 juin est avant tout une question de principe. «La mise en application viendra dans un second temps.»

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Alors que les sondages tablent sur 72% de non, les partisans du revenu de base voient les choses en grand à Genève. Dès le 14 mai prochain, une affiche géante interpellera les passants sur la Plaine de Plainpalais avec cette question: «Que feriez-vous si vos revenus étaient pris en charge?» Réalisé en bâches de camion, le panneau de 8000 m2 figurera dans le Livre Guinness des records.

Dossier
Le débat sur le revenu de base inconditionnel

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