A moins d'un improbable retournement de situation, les Fribourgeois voteront à nouveau sur l'heure d'ouverture des magasins. Ce sera la quatrième fois en quinze ans. Le syndicat Syna, le plus important du canton, a en effet annoncé qu'il allait lancer le référendum contre la révision de la loi sur le commerce avalisée la semaine passée par le Grand Conseil à une écrasante majorité.

Fronde massive

Unia emboîtera vraisemblablement le pas à son confrère la semaine prochaine. La Jeunesse socialiste a d'ores et déjà décidé de soutenir le référendum, et le PS, dans son ensemble, devrait suivre le mouvement. Dans ces conditions, les 6000 signatures nécessaires pour aller devant le peuple devraient être facilement récoltées.

La modification législative votée par le parlement cantonal étend l'heure d'ouverture des commerces le samedi de 16h à 17h. En contrepartie, suivant la proposition du Conseil d'Etat, l'horaire de fermeture des nocturnes, dont le jour varie selon les communes, est ramené de 21h à 20h. Le nombre global d'heures hebdomadaires ne bouge donc pas.

Le gouvernement justifie ce changement par l'évolution des habitudes de consommation. Fribourg est le dernier canton de Suisse, avec Soleure et Lucerne, qui ferme ses magasins à 16h. Une heure de plus ne serait pas un luxe pour les consommateurs. En revanche, la réduction des nocturnes ne devrait pas occasionner un trop gros manque à gagner pour les commerces, car leur succès est relatif.

Affrontement gauche-droite

Au Grand Conseil, la droite a massivement suivi le Conseil d'Etat, alors que la gauche était rétive à tout changement. Déçus par le résultat net du vote, certains députés du PS - et également des membres d'Unia - ont aussitôt clamé que le référendum allait être lancé «à 95%» de chances.

Ce vote parlementaire est intervenu alors que le climat est tendu entre les partenaires sociaux de la vente à Fribourg. Les négociations sur l'établissement d'une convention collective de travail (CCT) piétinent depuis plusieurs années. Lundi, piquée au vif par la menace des syndicats, l'Association des grands magasins et distributeurs fribourgeois (AGDF) annule unilatéralement une séance prévue de longue date. On connaît la suite: Syna réagit en annonçant le référendum.

Syndicats et patronat se rejettent la responsabilité de cette chute au point de non-retour. «Unia avait de toute façon décidé d'aller devant le peuple. Comment négocier dans ces conditions?» demande Jean-Pierre Siggen, secrétaire de l'AGDF. «Syna ne voulait pas le référendum. Mais l'attitude de l'AGDF nous a contraints à changer notre fusil d'épaule», répond Chantal Hayoz, secrétaire centrale de Syna. La CCT ne semble donc pas près d'être conclue. Pour y remédier, le Conseil d'Etat envisage l'adoption d'un contrat type de travail dans le domaine de la vente.