CAMPAGNE

Au front pour une Suisse ouverte

Les partis du centre droit et les milieux économiques veulent poursuivre sur leur lancée. Réunis autour de SuccèSuisse, ils annoncent une plateforme commune et entament le prochain combat: torpiller l’initiative de l’UDC contre les juges étrangers

Dans l’un des salons cossus de l’Hôtel Bellevue, à côté du piano à queue noir, un petit groupe de politiciens et de représentants des ONG pose en demi-cercle; ils lèvent leur verre à la victoire. Cette dernière était impossible à prédire il y a quelques semaines, elle s’est concrétisée dimanche. L’UDC vient de subir un coup d’arrêt: son initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» a été rejetée sur un score sans appel de 58,9%. Le cercle rassemble notamment le conseiller aux Etats socialiste Hans Stöckli, la conseillère nationale PDC argovienne Ruth Humbel, la secrétaire générale des Femmes PLR, Claudine Esseiva.

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Un photographe immortalise la scène. Les participants s’en souviendront comme d’un moment fort, le premier fait d’armes d’une alliance protéiforme capable de mettre en échec l’UDC: celle de la société civile, d’Opération Libero, des milieux de la culture, des hautes écoles et des chercheurs, des professeurs de droit, des forces politiques progressistes, associées aux milieux économiques libéraux. Manifestes de politiciens ou des universités, «Appel urgent aux Suissesses et aux Suisses», campagne d’affichage du non financée par crowdfunding, participation à des forums et autres prises de position, l’engagement est sans précédent. Hans Stöckli et Ruth Humbel font partie des artisans de la mobilisation côté politique; Claudine Esseiva a coordonné la campagne des milieux économiques rassemblés dans le mouvement SuccèSuisse.

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Machine de campagne

Moins connu en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, hébergé au sein de l’agence de communication et de conseils politiques Furrer Hugi, SuccèSuisse a été créé pour défendre «le modèle de réussite économique suisse» après l’acceptation en 2013 de l’initiative Minder «Contre les rémunérations abusives». «Il s’agissait de rapprocher l’économie de la société, explique Claudine Esseiva, de convaincre les milieux économiques qu’il vaut la peine de s’engager et de s’organiser pour se rendre plus visible.» L’objectif? «Pouvoir opposer un discours de défense des conditions-cadres libérales de l’économie aux propositions politiques qui veulent les affaiblir», ajoute-t-elle. Sur son site, SuccèSuisse revendique 1000 membres, essentiellement des entrepreneurs alémaniques et des politiciens des partis bourgeois.

SuccèSuisse n’est ni un think tank, ni une nouvelle organisation patronale, ni une machine de guerre contre l’UDC. Depuis sa création, le mouvement a d’ailleurs combattu plusieurs initiatives de gauche, comme celle sur le salaire minimum. «Nous sommes une machine de campagne très informelle, un groupe militant qui agit en soutien du modèle libéral», explique le conseiller national PLR vaudois Fathi Derder, seul membre romand du comité.

Nouvelle plateforme

Profitant de la victoire, SuccèSuisse associé aux partis de droite et du centre (PLR, PDC, PBD et PLV) a annoncé dès dimanche la mise en place d’un comité contre une autre initiative de l’UDC, celle qui veut placer le droit constitutionnel suisse au-dessus du droit international. Les inscriptions au sein du «comité économique contre l’initiative d’autodétermination» sont ouvertes: «Lundi matin, nous avions déjà reçu 50 messages issus des milieux économiques», se félicite Claudine Esseiva.

Les forces libérales sont notamment préoccupées par l’avenir des relations bilatérales avec l’Europe. L’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» «aurait mis en danger les accords bilatéraux car le renvoi automatique, lors d’infractions mineures, aurait été contraire à la libre circulation des personnes», jugent-elles. L’adoption du texte «aurait compliqué encore plus la position de la Suisse dans les négociations avec l’UE», avait averti Hans Hess, président de Swissmem, lors d’une conférence de presse à Zurich. Il était aux côtés notamment de Monika Rühl, la directrice d’economiesuisse, de Ruedi Noser, conseiller aux Etats zurichois et entrepreneur, de Daniel Arn, CEO de l’entreprise Christen, qui fabrique des engrenages.

C’est encore l’engagement européen qui motive le nouveau combat. Le texte de l’UDC exigeant la primauté du droit suisse veut empêcher «l’adhésion insidieuse à l’UE et l’abandon de la souveraineté», il s’oppose à une reprise automatique du droit européen comme du droit international. Cette future campagne, dont la date n’est pas encore agendée, verra-t-elle se reproduire l’alliance gagnante du 28 février? Ce sera un test de longévité.


En chiffres

L’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» a été rejetée par 58,9% des voix.

Seuls six cantons l’ont acceptée: Nidwald, Uri, Obwald, Schwyz, Appenzell Rhodes-Intérieures et le Tessin.

La plus forte proportion de non (70,2%) a été enregistrée dans le canton de Bâle-Ville.

Le Tessin est le canton qui a voté
le plus massivement en faveur de l’initiative (à 59,4%).

Taux de participation: 63,1%.

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