Les frontaliers se sentent intégrés

Etude Un sondage dresse le portrait type du travailleur frontalier

Le groupe Crédit Agricole, en partenariat avec le Groupement transfrontalier européen (GTE) a présenté mardi à Genève une étude intitulée «Observatoire des frontaliers». Ils sont officiellement 150 000 (ils étaient 94 000 en 2004) à se rendre chaque jour à leur poste de travail en Suisse, mais le GTE estime qu’ils sont en tout 200 000 si l’on ajoute les binationaux et les Suisses habitant en France sans y être déclarés.

L’institut français Ipsos a sondé, en mars 2015, 800 personnes, toutes clientes du Crédit Agricole. Premières indications: le frontalier est à 62% un homme et sa moyenne d’âge est de 42 ans, il est à 73% marié, pacsé ou en couple. Il est davantage (55%) ouvrier ou employé que cadre, indépendant ou libéral.

Genève est à 51% le canton qui accueille le plus de travailleurs contre 18% à Bâle-Ville et Bâle-Campagne et 14% pour Vaud. Sans surprise, l’attractivité des salaires est à 43% la raison principale qui incite à venir travailler en Suisse. Trente-trois pour cent des sondés déclarent un revenu brut moyen annuel qui oscille entre 50 000 et 80 000 francs suisses, 22% entre 35 000 et 50 000 et 14% entre 80 000 et 100 000. Les secteurs d’activité des frontaliers sont l’horlogerie (15%), le commerce (14%), la santé (13%), 25% autres.

Pas d’inquiétude après le 9 février

Par ailleurs, les 800 sondés ont été interpellés sur l’actualité, la montée des partis extrémistes anti-frontaliers et sur les votations, notamment celle du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse» qui pourrait introduire des quotas et des autorisations préalables d’embauche. Surprise: 70% disent qu’ils ne sont pas inquiets. En revanche, dans la région Franche-Comté où les frontaliers sont surtout recrutés par l’industrie horlogère comme personnel manuel , la tendance est plus marquée avec 37% des répondants inquiets.

A près de 80%, les personnes interrogées jugent que le 9 février n’aura pas d’impact sur leurs salaires et l’évolution des carrières en Suisse, ni même (à 88%) sur les relations avec leurs collègues suisses. «Le frontalier ne souffre pas de sentiment d’exclusion, 73% se sentent socialement intégrés dans leur entreprise et 64% y ont même développé des relations en dehors de la sphère professionnelle. La population avance plus que les politiques», commente Michel Charrat, le président du Groupement transfrontalier européen.

Le sentiment d’intégration pousse les frontaliers à rester fidèles à leur employeur (à 92% ils bénéficient d’un CDI), plus d’un sur deux travaille en Suisse depuis plus de dix ans. «Et cela contribue largement au dynamisme des départements français: ils ne sont que 22% à pouvoir accéder à la propriété s’ils ne travaillent pas en Suisse, 76% s’ils occupent un emploi de l’autre côté de la frontière», précise Pierre Fort, directeur général adjoint du Crédit Agricole des Savoie.