L’essor des permis G n’est pas monolithique si on l’observe dans le détail. L’an dernier, 82’200 personnes possédait un permis frontalier à Genève. Ce chiffre bien plus élevé que le nombre d’actifs réels, vu que le permis G a une validité de 5 ans et que son titulaire peut cesser de travailler en Suisse durant cet intervalle. Les 6350 permis en plus par rapport à l’année précédente résultaient en fait de 9300 départs et 15700 arrivées (un record). Mais parmi ces dernières, près de 1000 permis – à nouveau un record – étaient accordés à d’anciens résidents du canton de Genève ayant décidé de s’établir sur sol français, sur fond de pénurie de logement endémique à Genève et de coûts restant plus avantageux, malgré une flambée des prix, dans la couronne française. Le phénomène inverse existe aussi dans une moindre mesure: plus de 450 frontaliers ont cessé de l’être, en 2012 toujours, pour emménager dans le canton.

Voilà comment on devient un ennemi ou un protégé du MCG, au gré des opportunités d’habitation au sein d’une ville qui a largement débordé par-dessus les frontières. «Dans le canton, la proportion de ressortissants des pays de l’UE par rapport à l’ensemble de la population est restée globalement la même depuis 2002, soit environ 24,5%, écrivait en 2008 le professeur René Schwok dans un bilan local des bilatérales. Ainsi, contrairement à d’autres cantons, la croissance de la population originaire de l’UE ne s’est pas effectuée sur le territoire suisse mais principalement en France voisine.» En clair, si les Allemands se sont rués sur Zurich, les Français ont privilégié la périphérie genevoise située dans leur propre pays. L’hypothèse reste pertinente: la proportion de ressortissants de l’Union n’a guère évolué depuis à Genève, pointant à 26% fin 2012.

Les frontaliers ont un domicile toujours plus éloigné de Genève, la libre circulation ayant aboli le périmètre où ils pouvaient s’établir. En 2012, 4280 titulaires de permis résidaient dans d’autres départements que les deux voisins de Genève. Cinq ans plus tôt, ils n’étaient que 930 dans ce cas.

Vu de l’Hexagone, ces pendulaires transnationaux revêtent une importance fondamentale. Une étude de l’Observatoire statistique transfrontalier estime qu’ils représentaient, en 2009, 40% des actifs de la partie française du bassin genevois. Genève est leur principale destination. L’étude dégage un profil du frontalier, plus masculin, plus jeune, plus diplômé ou qualifié et occupant un poste hiérarchiquement plus élevé que les actifs de France voisine œuvrant dans leur propre pays.

De 2003 à 2008, 36418 actifs se sont installés dans le Genevois français et, pour la moitié d’entre eux, ont la Suisse pour lieu de travail. Près de trois quarts d’entre eux provenaient d’autres régions françaises, en premier lieu le reste de la région Rhône-Alpes. L’étude relève que ces nouveaux habitants ont davantage tendance à se faire employer en Suisse lorsqu’ils proviennent de régions où la tradition du travail frontalier est déjà bien ancrée. Sur les 612 personnes débarquées d’Alsace, 57% sont devenus des frontaliers alors que cette proportion passe en dessous de 30% lorsque l’on provient du Nord-Pas-de-Calais, de la Picardie ou de Champagne-Ardenne. Mais ces nouveaux résidents du Genevois français ne sont pas tous frontaliers: 6356 d’entre eux (17% du total) sont d’anciens résidents helvétiques qui, à 91%, travaillent en Suisse.