Rarement la présidence d'un parti aura-t-elle été aussi disputée qu'elle l'est chez les radicaux entre le Lucernois Georges Theiler et le Tessinois Fulvio Pelli. Les deux candidats, qu'anime une identique soif de vaincre, mènent une véritable campagne qui est entrée cette semaine dans sa toute dernière ligne droite. Mardi soir à Lausanne, ils défendaient leur candidature devant les représentants des radicaux romands.

La rencontre, fort courtoise et de bon niveau, entre les deux candidats en fin de compte pas si différents sur le fond, n'a pas conduit à une révision substantielle du rapport de force existant entre Fulvio Pelli et Georges Theiler. A noter que le premier a paru s'investir personnellement davantage dans cette course à la présidence que ce ne fut le cas jusqu'ici. Il a également montré un peu plus d'aisance et de répondant que son concurrent, en l'occurrence quelque peu desservi par la langue, encore que Georges Theiler se débrouille beaucoup mieux en français que ne le faisait Rolf Schweiger.

Restaurer la crédibilité du parti

Le problème principal qui se pose au Parti radical, ont pratiquement convenu les deux hommes, est de retrouver une crédibilité. Cela passe par une meilleure maîtrise dans le maniement des thèmes politiques. On ne peut pas mettre impunément la question de l'AVS sur la table six mois avant les élections, a notamment relevé Georges Theiler. S'il y a un problème de communication entre le parti et Pascal Couchepin, le problème vient des deux côtés, a nuancé Fulvio Pelli.

En avril dernier à Coire, Georges Theiler avait été largement battu par le Zougois Rolf Schweiger. Ce samedi à Berne, le résultat devrait être beaucoup plus serré. A la veille des dernières auditions – ils doivent encore se présenter devant les militants bâlois et zurichois – les deux candidats sont presque au coude-à-coude, avec peut-être un léger avantage pour le Lucernois, qui a obtenu le soutien des femmes radicales et des jeunes radicaux, alors que le Tessinois peut compter sur l'appui des radicaux bernois. En fait, Fulvio Pelli n'a pas moins d'amis que Georges Theiler, mais il a plus d'ennemis. Ce qui n'est pas toujours un désavantage, dans la mesure où les amis sont parfois encombrants.

La force de Georges Theiler est d'être un candidat à tous égards prévisible. Il est certes moins brillant, moins habile à la manœuvre, moins habité par la politique que son concurrent, mais avec lui on sait où l'on va.

Le problème de la candidature de Fulvio Pelli, c'est qu'elle souffre d'un potentiel d'incertitude élevé. Les qualités dont il a fait preuve jusqu'ici tant à la tête du parti tessinois qu'aux commandes du groupe radical aux Chambres fédérales, sont contrebalancées par le flou de certaines de ses positions politiques et par l'ambiguïté qui entoure ses ambitions personnelles. Ce qui lui manque, c'est un appui décisif, clairement formulé, dans les cercles proches de l'économie.

Les événements de ces derniers jours militent plutôt pour un succès de Fulvio Pelli. La droite alémanique proche de l'UDC, Filippo Leutenegger en tête, qui se méfie des Latins et de l'Europe, a subi une sévère déconvenue dimanche lors du premier tour de l'élection complémentaire au Conseil d'Etat zurichois. En l'occurrence, c'est une partie des supporters de Georges Theiler qui a vu sa clairvoyance et son sens politique pris en défaut.