Comment Fulvio Pelli, élu samedi à la présidence du Parti radical suisse, va-t-il pouvoir vivre avec la droite alémanique du parti, qui n'avait négligé aucun effort, au cours d'une campagne très dure, pour lui faire mordre la poussière? L'intéressé lui-même affiche une sereine confiance pour les semaines à venir. Même ceux qui ne voulaient à aucun prix de son élection ne devraient pas lui chercher querelle dans un premier temps, estime le nouveau président. Et nombreux sont les membres du parti à lui donner raison, à certaines conditions toutefois. Il faudra que Fulvio Pelli confirme le positionnement à droite du centre qu'il a esquissé samedi, qu'il suive une ligne clairement identifiable et qu'il obtienne des résultats.

Capital d'autorité politique et morale

Cela est curieux pour un parti qui a élevé le pragmatisme au rang de vertu cardinale et qui a le culte de la rationalité économique, mais les militants radicaux ont parfois une âme de midinette, qui ne demande qu'à se laisser émouvoir par la sincérité ou la chaleur d'un discours. Christiane Langenberger, pour la présidence, Leonard Bender, pour la vice-présidence, ont su en d'autres occasions faire vibrer cette corde-là. Fulvio Pelli, lui aussi, a subjugué l'assemblée samedi, mais dans un registre quelque peu différent, qui faisait moins appel à l'émotion qu'il ne répondait à une sorte de vertige idéologique en proposant, au bon moment, une clarification et une réaffirmation des valeurs radicales. Il a convaincu par la hauteur de vue et la pertinence de ses propos, renforcées par le contraste qu'offrait le discours de son concurrent, fait de slogans convenus et tissé de métaphores sportives. Cela lui assure un capital d'autorité politique et morale qu'il ne tient qu'à lui de faire durer.

Les irréductibles qui considèrent l'élection de Fulvio Pelli comme une catastrophe ne sont qu'une poignée à l'aile droite radicale. Si le score n'avait pas été aussi net samedi à Berne, les adversaires du Tessinois auraient pu être tentés de poursuivre dans le quotidien du parti une manœuvre manquée de peu devant l'assemblée des délégués. L'ampleur de la défaite de Georges Theiler – qui échouait pour la deuxième fois – délégitime ses partisans de poursuivre par d'autres moyens une entreprise qui a politiquement échoué devant les instances démocratiques du PRD. Fulvio Pelli peut même se permettre de négliger la droite extrême du parti, pour autant qu'il ne déçoive pas le centre droit.

Le Tessinois a surpris l'assemblée, samedi, par la netteté avec laquelle il s'est positionné à la droite du centre. C'est sur la façon dont il tiendra les engagements indirectement formulés en ce sens que le Parti radical l'attend, comme sur sa capacité à faire embrayer sur le concret une brillante mécanique intellectuelle. A cet égard, son expérience à la tête du Parti radical tessinois, lui aussi agité de courants antagonistes et en butte aux attaques très violentes de la Lega, peut rassurer. Fulvio Pelli est sans doute l'un des rares élus à Berne qui soient capables de donner une armature idéologique et d'incarner personnellement l'ambition jusqu'ici vaguement caressée et formulée par les radicaux de représenter une droite libérale moderne. Ce qu'il a montré samedi a suscité une attente immense, et peut-être excessive.

S'il commence à louvoyer, il est perdu, commente un radical romand classé plutôt à droite. S'il tient ses promesses et suit une ligne claire, poursuit le même, il peut réussir, à condition de mettre rapidement en place une équipe qui puisse profiter de la dynamique de l'élection présidentielle. Il lui faudra aussi régler les rapports entre le parti et ses conseillers fédéraux. Un temps en froid avec Pascal Couchepin, Fulvio Pelli se serait réconcilié avec le chef du Département de l'intérieur. Il lui faudra enfin avoir tout simplement la chance que les radicaux n'accumulent pas les revers dans les votations et élections programmées pour les mois à venir.