«Je ne t'envierai pas si tu gagnes!», lançait un Fulvio Pelli plutôt goguenard, mercredi, à son concurrent, le Lucernois Georges Theiler. Ils faisaient face aux caméras de la TSI (Televisione della Svizzera Italiana). Fulvio Pelli, facétieux, s'autorise un peu de relâche. Au nord du Gothard, on le dit «intellectuel et froid» Mais, au Tessin, l'avocat luganais est respecté, voire aimé. Difficile de lui trouver des ennemis. De toute part de l'échiquier politique, le sentiment d'admiration à l'égard de cet homme calme et posé prédomine. La courtoisie naturelle de Fulvio Pelli contraste avec le ton populiste, souvent vulgaire et les frasques d'autres ténors tessinois, dont Giuliano Bignasca. Pourtant, même le président à vie de la Lega dei Ticinesi ne s'est jamais autorisé à proférer des critiques contre le radical. Pas même lors de ses tonitruantes croisades contre l'establishment tessinois, moule dont est précisément issu Fulvio Pelli, fils de Ferruccio Pelli, maire de Lugano de 1968 à 1984, lui-même avocat et son premier employeur.

Côté famille, Fulvio Pelli affiche la même continuité tranquille: son mariage avec Claudia, biologiste, dure depuis plus de trente ans. Le couple a trois filles et vit dans une superbe villa de Sorengo, sur les hauteurs de Lugano. Bien dans sa tête comme dans son corps, ce grand sportif, amateur de haute montagne a tout pour plaire. Seule ombre – passagère – au tableau politique: il perd son siège au Grand Conseil en 1987, un épisode qui n'empêchera pas ce rassembleur de reprendre les commandes du parti cantonal l'année suivante et, d'entrer au Conseil national en 1995. Un «Partito liberale radicale», comme on appelle le PRD au Tessin, qui affiche depuis une santé de fer et qui revendique le label de «parti populaire».

Coup dur pour le Tessin?

Après sa candidature «précipitée» à la succession de Kaspar Villiger – Fulvio Pelli expliquera avoir agi sous «la pression et les attentes très fortes du Tessin» – le Luganais a laissé entendre à plusieurs reprises qu'on ne l'y reprendrait plus. Une décision qui doit ravir Marina Masoni, la directrice du Département tessinois de l'économie et des finances, qui ne cache plus son intérêt pour le Conseil fédéral. Fulvio Pelli veut-il vraiment venir en aide à la dame de fer tessinoise? Pour ne pas créer de remous et placer le candidat à la présidence du PRD dans l'embarras, à droite comme à gauche, on se garde de répondre à cette question. Mais, les affinités entre eux ne sont pas légion. L'année dernière, la directrice des finances s'était même opposée, en vain, à l'élection de Fulvio Pelli à la présidence du conseil d'administration de la «Banca Stato» (la Banque cantonale tessinoise). Dans une récente interview, accordée au quotidien La Regione, Fulvio Pelli soulignait tout de même que «Marina Masoni a l'avantage d'être une femme mais, qu'elle a d'autres problèmes à résoudre», comme celui de gagner la confiance des socialistes et des démocrates-chrétiens. Le correspondant de la Berner Zeitung au sud des Alpes, Francesco Welti y voit un signe d'ouverture: «Si Fulvio Pelli ne devient pas président du PRD, une candidature pour le Conseil fédéral reste possible.»

Un échec du Tessinois samedi, constituerait-il un nouveau coup dur pour le Tessin? «Les chances pour ce canton de résoudre ses problèmes ne dépendent pas de l'élection de Pelli à la présidence du Parti radical», relève le conseiller national tessinois, Fabio Abate (PRD). Mais, pour Matteo Caratti, directeur de La Regione, un échec de Fulvio Pelli reviendrait à «éloigner encore davantage le Tessin de la Berne fédérale». L'éditorialiste conclut ainsi: «Nous n'avons qu'à nous en prendre à nous-mêmes: aux côtés de députés comme Marty, Cavalli et Pelli, nous avons aussi envoyé Maspoli, Bignasca et Lombardi à Berne, des gens qui n'ont pas fait briller notre canton.»