Le PLR veut défendre le siège du démissionnaire Pascal Couchepin au Conseil fédéral. Le président du parti Fulvio Pelli a appelé le Parlement à respecter les règles du jeu, jugeant légitime que les libéraux-radicaux comptent deux ministres.

«L’après Pascal Couchepin, nous le voulons PLR», a souligné le Tessinois devant les médias. Fulvio Pelli s’est dit conscient que le deuxième siège de son parti sera attaqué. Pourtant, «les faits sont clairs», a-t-il fait valoir en énumérant le poids politique de la formation au sein du Parlement fédéral, ainsi que dans les cantons.

Le successeur du Valaisan devra représenter la Suisse latine, selon le PLR. Cet élément fait partie des critères qui seront transmis aux sections cantonales en vue de l’examen des candidatures. Pierre Weiss, le vice-président du parti, a aussi cité la compétence, la crédibilité et la capacité à mobiliser les médias.

L’élection à la succession de Pascal Couchepin aura vraisemblablement lieu lors de la session d’automne. Les sections cantonales du PLR ont jusqu’au 10 août pour présenter un candidat. Le comité de parti national analysera ensuite ces dossiers.

Le comité tranchera entre le 28 et le 29 août puis transmettra ses réflexions au groupe parlementaire à qui il reviendra au final de désigner les candidats officiels du parti.

Le groupe devrait se prononcer durant la session de septembre. Le PLR veut une candidature représentant la Suisse latine, a indiqué la cheffe de groupe Gabi Huber vendredi devant la presse.

Les favoris sont le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Burkhalter, la conseillère nationale libérale genevoise Martine Brunschwig Graf. Fulvio Pelli, vu comme un prétendant de marque, renonce. S’ajoutent à la liste quelques hypothétiques candidatures en provenance d’un gouvernement cantonal. On pense au Vaudois Pascal Broulis, au Genevois François Longchamp, éventuellement au conseiller administratif genevois Pierre Maudet, à la conseillère tessinoise Laura Sadis. Mais ces personnalités sont relativement peu connues à Berne. Même Laura Sadis, qui a été conseillère nationale lors de la précédente législature, n’a pas crevé l’écran.

Citée parmi les papables, la conseillère d’Etat radicale saint-galloise Karin Keller-Sutter a indiqué ne pas être à disposition pour la succession de Pascal Couchepin.

Christophe Darbellay, président du PDC a d’abord déclaré qu’il ne serait pas le candidat du PDC pour la succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral. Avant de laisser le doute planer.

Vice-présidente du Parti libéral-radical (PLR), Isabelle Moret n’exclut pas une candidature au Conseil fédéral. «C’est un poste intéressant, tout parlementaire fédéral se pose un jour la question», a déclaré la conseillère nationale vaudoise à l’ATS.

Le PLR veut profiter de l’été pour exposer un maximum de ses élus à l’attention médiatique. «Nous avons convenu au sein du groupe des élus latins de ne pas exclure d’emblée nos candidatures afin de mettre en lumière nos nombreux papables», a expliqué Mme Moret.

Son collègue Charles Favre (PLR/VD) n’a toutefois pas respecté la consigne. Dans une interview publiée sur le site de «24 Heures», le conseiller national déclare qu’il n’est pas candidat: «Mes positionnements ne sont pas rassembleurs. Je n’ai pas le bon profil».

Réactions de quelques prétendants:

■ Fulvio Pelli, président du parti libéral-radical (PLR): «J’ai dit à ma section cantonale que je ne souhaitais pas être candidat. Ma tâche consiste à conduire cette élection. Le Tessin a bien sûr le droit de retrouver un représentant au Conseil fédéral, mais il y a un temps pour tout en politique. Je vous remercie de vous intéresser à moi, mais il y a d’autres personnalités qui peuvent entrer en ligne de compte. Quant à savoir si nous présenterons une ou deux candidatures, cela dépendra des autres partis. Si on ne nous attaque pas, nous pourrons présenter une double candidature. Si on nous attaque, nous devrons réfléchir à la meilleure tactique, car ce siège nous revient. Nous sommes le troisième parti du pays, quelle que soit la manière de compter.»

■ Didier Burkhalter (PLR/NE): «La nouvelle de la démission de Pascal Couchepin n’est bien sûr pas une surprise, même si cela fait tout de même drôle d’apprendre que la page se tourne. Tout dans sa manière de se comporter, dans ses allusions et même dans son amusement laissait penser qu’il avait pris sa décision. Il était à la fois serein et inquiet, ce qui est bien naturel après presque 12 ans à la plus haute charge de l’Etat, et après avoir vécu autant de grands et petits événements. Choisir le bon moment pour une telle décision n’a bien sûr pas dû être facile».

«Il s’agira pour notre parti de bien réfléchir à la suite des événements, à notre place dans une période aussi difficile, où la Suisse joue son avenir. La charge du Conseil fédéral est très lourde. Il y a beaucoup de gros dossiers ouverts. Un parti, aujourd’hui, doit davantage penser en termes de responsabilité gouvernementale que de profil partisan, c’est certain. Pour ma part, je ne suis pas encore certain qu’une telle responsabilité m’intéresse. J’ai décidé de me donner du temps. Toutes les options sont ouvertes. Pour l’heure, je garde à l’esprit la forte personnalité politique de Pascal Couchepin, son sens de l’Etat, son esprit libéral.»

■ Martine Brunschwig Graf (PLR/GE): «Je remercie d’abord Pascal Couchepin. C’est un bon conseiller fédéral. Et il a été un grand président», souligne Martine Brunschwig Graf, visiblement émue, assaillie de questions à sa sortie de la salle du Conseil national. Sa décision de se porter, ou non, candidate à la succession du ministre radical, la libérale genevoise, vice-présidente du groupe libéral-radical aux Chambres, la prendra «la semaine prochaine, après en avoir parlé avec mon parti et mes proches. A un moment donné, il faut se décider. Je veux réfléchir à ce que je peux apporter, le cas échéant, en me portant candidate.»

Est-ce un obstacle d’être une femme, genevoise de surcroît, ce qui ferait d’elle la quatrième conseillère fédérale et la seconde représentante de ce canton? «Il y a une chose qui me fâche, indépendamment de ma personne», répond l’ancienne ministre genevoise de l’Instruction publique et des Finances. «Pourquoi, lorsqu’il s’agit de femmes, on se demande si cela dérange qu’il y en ait quatre? Et en ce qui concerne les Genevois, je n’ai jamais entendu personne faire les mêmes remarques lorsqu’il y avait deux Zurichois, et il ne me semble pas que cette raison a été décisive lors de l’élection de Christoph Blocher.»

Une libérale peut-elle se porter candidate pour le parti radical?, demande un journaliste alémanique. «Il y a un siège pour un libéral-radical», estime encore Martine Brunschwig Graf. Qui, lorsqu’on lui demande si elle se sent prête, rappelle qu’elle a «déjà une expérience dans un exécutif». Mais peut-elle compter sur des soutiens, à Berne comme à Genève? «Je ne me porterais jamais candidate si je pensais que je n’avais aucun soutien».