L’événement n’est pas anodin. Il peut changer la donne. Les radicaux tessinois ont augmenté d’un cran, jeudi soir, la pression exercée sur le président du parti suisse, Fulvio Pelli. Le PLR tessinois a adopté une résolution priant «son» conseiller national de reconsidérer sa position. La section fait dans la subtilité rhétorique: elle ne nomme pas Fulvio Pelli candidat officiel au Conseil fédéral, mais elle confie mandat à la présidence du parti de promouvoir une éventuelle nomination du chef du PLR suisse.

Quoiqu’il en soit, cette situation explique, en partie, la retenue de certains papables libéraux et radicaux de premier plan, très discrets depuis l’annonce de la démission du conseiller fédéral. Fulvio Pelli reste, dans son parti, celui qui dispose des meilleures chances de remporter l’élection au Conseil fédéral. Et si personne n’a jamais véritablement écarté la candidature du député luganais, les efforts du Tessin pour convaincre ce dernier étaient connus de tous ces derniers jours. Y compris de l’intéressé lui-même, en vacances alors que la situation se précise…

Fulvio Pelli n’a-t-il pas répété cent fois, exaspéré, qu’il ne se tenait pas à disposition des siens, implorant presque sa section cantonale de ne pas le désigner candidat? Certes. A en croire certains observateurs, le député tessinois n’aurait d’ailleurs réellement «pas envie» de se lancer dans la course.

«Convaincre avec douceur»

Toutefois, le refus de Fulvio Pelli n’apparaît pas forcément à tous comme définitif. La fonction de conseiller fédéral, comme l’Anneau de Tolkien, peut à elle seule attiser le désir des prétendants. «Si Fulvio Pelli avait dit très clairement non, notre résolution et les efforts qui l’accompagnent ne vaudraient pas forcément la peine d’être entrepris», glisse Giovanni Merlini, le président des libéraux-radicaux tessinois.

Avant d’ajouter: «C’est vrai, nous le poussons beaucoup. Mais avec douceur.» Pour le Tessin, poursuit Giovanni Merlini, cette élection «est très importante. Cela fait dix ans que nous ne sommes plus représentés au Conseil fédéral. Il serait dommage de ne pas saisir l’occasion qui se présente. Voilà pourquoi nous plaçons beaucoup d’espoirs en Fulvio Pelli».

Ce dernier finira-t-il par céder à la pression? Indépendamment de l’envie ou non de Fulvio Pelli de siéger au gouvernement, l’appétit et la célérité de la section italophone contrecarrent les plans du président de la formation nationale. Ce dernier, semble-t-il, aurait préféré que le Tessin s’accorde sur un ou une autre candidat(e) que lui, comme la conseillère d’Etat Laura Sadis. Le délai de candidature du PLR suisse, fixé au 10 août, aurait en outre permis aux autres sections cantonales de faire étalage de leurs forces vives. Mais si le Tessin devait lancer Fulvio Pelli dans la course à la candidature, il serait alors difficile pour ce dernier de convaincre les Didier Burkhalter ou Martine Brunschwig Graf, notamment, de se lancer à leur tour dans la course.

L’UDC vote Fulvio Pelli

De leur côté, les autres partis jouent la prudence. L’UDC, rappelons-le, fait clairement savoir que sa préférence va à Fulvio Pelli. Les positions de Didier Burkhalter – jugé trop à gauche – sur l’armée, ne lui plaisent pas. «Quand à Martine Brunschwig Graf, elle pourrait payer le fait de ne pas avoir voté en faveur de Christoph Blocher lors de son éviction du Conseil fédéral, ce dont elle ne s’est d’ailleurs pas cachée», observe un élu démocrate du centre.

A gauche toutefois, le jeu est plus ouvert. A priori, les socialistes, qui devront à leur tour remplacer les conseillers fédéraux Moritz Leuenberger et Micheline Calmy-Rey, n’ont pas forcément intérêt à se mettre à dos les radicaux. Ils pourraient toutefois s’accorder sur une candidature radicale au profil plus social que Fulvio Pelli, même si une candidature de ce dernier, entend-on, ne serait pas forcément rédhibitoire à leurs yeux.

Du côté des Verts, on précise également «que l’on ne se prononcera pas avant d’avoir auditionné les candidats», souligne le président des écologistes Ueli Leuenberger. «A priori, je rappelle que Fulvio Pelli préside une formation politique qui s’est prononcée contre un new green deal. Cela dit, un candidat ou son parti peuvent changer d’opinion», glisse le Genevois, décidément prêt à obtenir des garanties dans ce sens des candidats.