Le Temps: Dans votre discours de candidature, vous avez déclaré que le centre gauche ne représentait aucune option, et que les réformes ne pouvaient émaner que du centre doit. Chercherez-vous à bâtir une coalition bourgeoise?

Fulvio Pelli: Dans la période actuelle de difficultés que la Suisse traverse, seules des réformes bourgeoises peuvent apporter des solutions. La position actuelle de la gauche est… trop à gauche. Tant que le PS et les syndicats maintiendront la rigidité doctrinaire qui les anime aujourd'hui, il ne sera pas possible de faire alliance avec eux. Cela dit, je pense que nous pourrions mieux organiser le travail commun avec le PDC et l'UDC.

– Même l'UDC? Vous avez aussi condamné les positions trop à droite…

– Je suis contre les conservatismes en général, qu'ils soient de droite comme de gauche. Je veux aller de l'avant. Il existe au sein de l'UDC une aile plus progressiste. Malheureusement, en ce moment, elle est largement minoritaire. J'aimerais que l'UDC se transforme et abandonne la contestation pour la construction. Si nous voulons retrouver la croissance, ce qui est l'objectif prioritaire pour la Suisse, et soutenir le programme du Conseil fédéral en ce sens, nous avons besoin de tous tirer à la même corde.

– Qu'est-ce que votre élection apporte de nouveau au Parti radical?

– Peut-être une meilleure perception du terrain. Les difficultés des radicaux viennent en partie d'un manque de relais entre le parti suisse et les sections cantonales. Je veux que le parti réagisse dans son ensemble, pas de manière désordonnée.

– Votre élection n'est-elle pas aussi un signal donné par les délégués pour un discours politique plus mature?

– Sans doute. Ils veulent que l'on discute sérieusement des grands problèmes du pays. Je suis une alternative à ceux qui pensent que tout peut être résolu par le marketing et la publicité. Avant de chercher à vendre quelque chose, il faut avoir de la substance à proposer. C'est notre problème actuel: nous devons d'abord résoudre les questions politiques avant de chercher à nous vendre. Les délégués ont peut-être aussi voulu montrer que la seule dimension régionale – avoir un président suisse alémanique – n'était pas suffisante, qu'il fallait apporter des solutions nouvelles. Et rester indépendants, fidèles à nos valeurs. En ce sens, la défaite de Toni Bortoluzzi à Zurich, le week-end dernier, m'a certainement aidé.

– Le parti n'a pas toujours été à l'unisson de ses conseillers fédéraux, en particulier de Pascal Couchepin (attaque contre Christoph Blocher, propositions sur l'AVS). Comment le président Pelli s'y prendra-t-il pour éviter de nouvelles tensions?

– Quand les conseillers fédéraux s'expriment sur leurs rapports entre eux, c'est l'affaire du Conseil fédéral, pas des partis. Lorsqu'il s'agit de la ligne politique, il est clair qu'il faut une bonne coordination entre le parti et ses conseillers fédéraux. Mais s'il y a eu quelques problèmes avec les initiatives prises par Pascal Couchepin, c'est d'abord de la faute du parti, parce qu'il a laissé un vide sur des sujets importants qui préoccupent notre société, sur lesquels il est du devoir d'un conseiller fédéral de proposer des solutions. La conclusion, c'est que le parti doit mieux travailler avec ses représentants au Conseil fédéral.

– Vous dites que le PRD ne doit pas limiter son combat à l'économie et aux finances. Quels doivent être ses domaines de prédilection?

– Nous sommes le parti qui défend la liberté. Tout ce qui touche à la liberté doit être notre affaire. Bien sûr, il y a parmi les radicaux des conservateurs que cette notion effraie. Mais nous ne devons pas nous occuper que de la finance. Sur la taxe CO2 par exemple, notre position n'est pas claire. Le directoire du parti l'a rejetée, alors que nous la considérions depuis plusieurs années comme une possibilité envisageable. De nombreuses questions se posent à ce sujet: est-ce vraiment efficace? Quelles sont les alternatives? Faut-il que la Suisse agisse en pionnier alors que d'autres pays traînent les pieds? Le parti ne peut pas prendre position sur ces questions tant que le débat interne n'a pas eu lieu…

– Georges Theiler a beaucoup insisté sur la nécessité de regagner l'électorat jeune et féminin. Vous êtes d'accord?

– Oui, mais c'est justement en élargissant notre champ de préoccupations que nous allons à nouveau intéresser davantage les femmes et les jeunes. Nous avons eu tort d'abandonner à d'autres les questions qui touchent la société au sens large, comme l'environnement.

– Vous vous êtes fixé cinq ans comme terme pour votre mandat. Quels que soient les résultats intermédiaires?

– Je veux rester à ce poste le temps qu'il faudra pour réaliser mes objectifs. En un an ou deux, je n'obtiendrais rien du tout. Et si je me préoccupais déjà de mon départ, ce ne serait pas très bon… Cela étant, j'ai dit que le parti était un peu vieillissant, et le jour viendra où il faudra passer le témoin à une génération plus jeune. En somme, je suis là pour préparer les succès de mon successeur.