Le groupe radical des Chambres fédérales a désigné vendredi son nouveau chef en la personne du Tessinois Fulvio Pelli (lire également en page 2). La Bernoise Christine Beerli, qui quittera le Conseil des Etats à fin 2003, prendra officiellement congé de la présidence le 4 décembre. Il reste encore à désigner le vice-président du groupe.

Né en 1951, avocat notaire, Fulvio Pelli a été élu au Conseil national en 1995, après avoir siégé pendant douze ans au Grand Conseil tessinois. Cet homme réservé mais qu'on sent capable de résolution, accède à la présidence du groupe, un lieu de pouvoir presque équivalent, selon l'usage qui en est fait, à la présidence du parti, dans des circonstances particulièrement favorables pour asseoir son autorité.

Suite à la démission de Gerold Bührer, Fulvio Pelli a devant lui deux mois durant lesquels il sera le seul à représenter le Parti radical (PRD). La Vaudoise Christiane Langenberger assure certes, et jusqu'ici sans fausse note, l'intérim à la présidence du parti. Mais son influence et son poids politiques sont limités. En l'absence du président du PRD, Fulvio Pelli a tout l'espace nécessaire pour s'imposer, encore que Pascal Couchepin ne laisse guère d'oxygène à ses camarades de parti. Mais au moins les deux hommes paraissent-ils, avec un style et un tempérament très différents, incarner la même vision du radicalisme.

Cette exposition aux médias effraie quelque peu Fulvio Pelli, qui se voyait membre d'une équipe et qui se trouve seul au premier plan. S'il avoue avoir toujours essayé de ne pas trop apparaître en public, il en a tout de même l'expérience. Dans un canton disposant d'une chaîne de télévision comme le Tessin, les hommes politiques ont l'impression, relève-t-il, de passer en permanence à la TV.

En le désignant, les radicaux ont renoué avec la tradition voulant que cohabitent, à la présidence du parti et du groupe, un Alémanique et un Latin. Fulvio Pelli va rééquilibrer le groupe radical à la fois vers le sud et vers le centre. Le nouveau président du groupe radical ne manque jamais une occasion de dénoncer l'absence de considération accordée à ses compatriotes et le désintérêt de la Berne fédérale pour son canton. Sans camper exactement sur la même ligne du centre gauche que les Vaudois Yves Christen et Yves Guisan ou le Genevois John Dupraz, Fulvio Pelli représente le centre du parti avec un fort potentiel d'intégration.

Avocat notaire, il est membre de plusieurs conseils d'administration, avec une vision claire des limites de l'exercice. «C'est mon métier et je veux continuer à le faire, mais avec une réserve», déclarait-il récemment dans les colonnes de l'Hebdo. Il reconnaît qu'il peut être «dangereux de siéger dans certains conseils d'administration» et il a lui-même renoncé à trois mandats, en jugeant que ses possibilités de contrôle étaient insuffisantes.

Pour Fulvio Pelli, la présidence du groupe est un tremplin pour le Conseil fédéral. Au contraire de la présidence du parti, c'est le poste idéal pour qui nourrit les plus hautes ambitions, dans la mesure où il permet d'asseoir sa notoriété et de tisser des réseaux parmi les élus du peuple et des cantons. Le Tessinois prend ainsi une option sur la succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral, d'ici à quatre ou cinq ans, comme la précédente présidente du groupe, Christine Beerli, prétend pour la fin 2003 à la succession de Kaspar Villiger. Dans l'état actuel des choses, Fulvio Pelli n'a guère pour concurrent parmi les radicaux latins que Charles Favre. Mais le Tessinois possède une confortable avance sur le Vaudois, qui n'en est qu'à sa première législature.