Gaspillage d'argent, mise en danger de la santé d'autrui. Le comité référendaire valaisan contre l'interdiction de fumer dans les établissements publics est accusé de tous les maux. Alors que le parlement cantonal a entériné la loi sur la santé en février, l'organisation d'une votation populaire aujourd'hui coûterait près de 200000 francs au contribuable, martèlent les défenseurs d'une cité sans fumée.

Le cas échéant, et vu ses maigres chances de succès, le scrutin occasionnerait surtout un retard malvenu dans l'application de la loi. «C'est un délai pour de nouvelles intoxications» -sous-entendu, un délai pour de nouvelles victimes de la fumée passive -, analyse Jean-Bernard Moix, directeur du CIPRET Valais. Les référendaires devront pourtant bien s'accommoder de ces critiques puisqu'ils annoncent ces jours avoir récolté 3800 signatures, soit 800 de plus que nécessaire pour porter le débat devant le peuple. La liste des paraphes doit être validée, avant le 6 juin, par le Conseil d'Etat.

Un critère social

Le référendum a éclos dans un contexte politique des plus mouvementés. Pour rappel, c'est à l'initiative farouche du groupe PDC au Grand Conseil que cinq articles sur la fumée passive avaient été intégrés à la nouvelle loi sur la santé, entre deux lectures. Le texte avait été accepté à sept voix près, sans aucun débat en plénum. C'est ce que dénoncent des parlementaires, comme le radical Gilbert Tornare: «Le débat a été tronqué. Nous voulons montrer que la volonté de la population n'est peut-être pas celle de deux ou trois députés.» Sur le fond, le politicien et restaurateur avance des critères économiques et sociaux pour réhabiliter la fumée au bistrot. «Cette loi pénalise les bistrotiers. Que fait-on de cet espace de vie sociale? Tout aujourd'hui devient réglementé.»

La loi valaisanne sera contraignante, en effet. Si le texte prévoit de bannir la cigarette des lieux publics, avec la possibilité d'aménager des fumoirs, il interdit également la publicité pour le tabac par voie d'affichage. Un vote d'opposition n'a pourtant quasiment aucune chance d'aboutir. 70% des Valaisans se sont déjà prononcés en faveur de l'interdiction lors d'un sondage l'an dernier. Même unanimité dans les cantons voisins. A Genève, la population a accepté, fin février, d'interdire la fumée à une écrasante majorité de 79,2%. Dans le canton de Vaud, une initiative qui vise une interdiction générale de fumer dans les lieux publics sera soumise au peuple le 30 novembre. Le Conseil d'Etat propose un contre-projet laissant la possibilité aux établissements d'aménager des fumoirs. Situation quasi identique dans le canton de Fribourg.

Le comité référendaire valaisan s'affiche lui-même plutôt divisé quant au résultat des urnes. «La pression d'un vote peut au moins influencer le Conseil d'Etat dans la rédaction des ordonnances», présage, défaitiste, Gilbert Tornare. Alors que son collègue haut-valaisan Charles-Louis Joris y croit encore dur comme fer: «Nous voulons porter le débat sur le sens des lois. Comment accepter que tout aujourd'hui soit soumis à interdiction? Boire, fumer, respirer bientôt? La moitié des signataires sont des non-fumeurs qui en ont marre de tout ça...»

Si, comme on peut désormais s'y attendre, 3000 signatures valides sont enregistrées lors du dépôt du référendum, les Valaisans devront réaffirmer leur intolérance au tabac par le vote. Le CIPRET annonce déjà une campagne intensive pour leur faire raison garder. Le chef du Département, Thomas Burgener, pourrait précipiter la votation au 28 septembre déjà.